Transition énergétique, concurrence internationale et économie circulaire : près de 300 professionnels réunis à Lyon pour débattre de l’avenir du véhicule industriel.
Organisées sous l’égide de SOLUTRANS + et de la FFC, les Rencontres de la Filière se sont tenues le 22 octobre dernier au Matmut Stadium de Lyon-Gerland. Ce rendez-vous rassemble, tous les deux ans en alternance avec le salon SOLUTRANS, les décideurs et les acteurs européens du véhicule industriel autour des grandes mutations qui façonnent leur secteur. Pour cette édition 2026, près de 300 participants ont échangé sur trois enjeux majeurs : le financement de la décarbonation du transport routier, l’arrivée de nouveaux concurrents chinois sur le marché européen et le développement du reconditionnement des véhicules et des pièces. Trois sujets qui illustrent les défis économiques, industriels et environnementaux auxquels la filière doit répondre.
Décarbonation : qui financera la transition énergétique ?
En ouverture des débats, Habib Turki, secrétaire général de l’IRU (l’Union Internationale des Transports Routiers), a rappelé l’ampleur du défi européen. Pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de CO₂ fixes à l’horizon 2030, l’Europe devrait compter environ 400 000 poids lourds zéro émission, dont 330 000 camions électriques a batteries et 70 000 véhicules a hydrogène. Or, sur les quelque 6,2 millions de camions moyens et lourds en circulation en Europe, les modèles électriques ne représentent aujourd’hui que 0,3 % du parc.
La première table ronde a ainsi mis en lumière une question centrale : comment financer cette transformation sans fragiliser les entreprises de transport ?
Coût d’acquisition des véhicules, infrastructures de recharge, contraintes d’exploitation et adéquation des technologies aux missions réalisées constituent autant de freins a lever.
Pour Noel THIEFINE, secrétaire général en charge du transport routier de marchandises à l’OTRE, les difficultés ne sont pas uniquement financières : les limites de l’électrique pour certaines activités, notamment le transport en benne, doivent également être prises en compte.
Du cote des chargeurs, Matteo Alexander NENCIOLINI, de l’European Shippers Council, a souligné la nécessite d’un partage des efforts : les donneurs d’ordre peuvent accepter de payer davantage, mais ne sauraient absorber seuls l’ensemble des surcouts. Les subventions et les économies d’exploitation potentielles a long terme doivent donc contribuer a rendre la transition soutenable.
Concurrence chinoise : le coût total de possession au cœur du débat
L’arrivée de nouveaux constructeurs chinois sur le marché européen constitue un autre défi stratégique pour les industriels établis. Pour Christian LEVIN, PDG de Scania et du groupe Traton, cette concurrence doit être prise au sérieux. Elle représente aussi une incitation à accélérer l’innovation, a renforcer la compétitivité et a développer les relations avec les clients.
Jean-Marc DISS, directeur Ventes et Marketing de Mercedes-Benz Trucks Europe, a rappelé l’importance de dépasser le seul prix d’achat : ≪ On ne parle plus du prix d’un véhicule mais du TCO. Se focaliser sur le prix est trop restrictif. Il faut regarder l’ensemble de la chaine de valeur. ≫
Cette approche globale, intégrant notamment les couts d’exploitation, invite les acteurs a comparer les solutions sur l’ensemble du cycle de vie des véhicules.
Stéphane ESPINASSE, vice-président ventes Europe pour les autocars et autobus de BYD, a pour sa part confirme les ambitions du constructeur en France. Apres avoir constitué un management européen, la marque entend adapter ses produits aux missions européennes et développer rapidement son réseau, notamment grâce a des partenariats.
Invite autour de la table, la CSIAM, par la voix de Marie DEFRANCE, sa déléguée générale a tenu a rappeler l’importance d’une concurrence saine entre les acteurs historiques et les nouveaux entrants : ≪ Les constructeurs historiques sont soumis a une règlementation européenne très ambitieuse pour réduire leurs émissions de CO₂ dans leurs parts de vente. Et les pénalités sont très fortes si les objectifs ne sont pas remplis. Les nouveaux entrants, notamment les constructeurs chinois qui arrivent sur le marché français, ne sont pas soumis à ces baisses des émissions de CO₂ dans leurs parts de ventes. ≫
Reconditionnement : prolonger la vie des véhicules et des composant
La deuxième table ronde a porté sur un levier complémentaire de compétitivité et de réduction de l’empreinte environnementale : donner une seconde vie aux véhicules industriels et à leurs composants.
Face au cout de renouvellement des flottes et aux exigences de décarbonation, le reconditionnement ouvre de nouvelles perspectives pour les transporteurs. Les échanges ont notamment mis en avant les solutions de reconditionnement de véhicules complets proposées par Renault Trucks et la rénovation de pièces détachées développée par SAMPA.
En valorisant les matériels existants, ces démarches permettent d’envisager une meilleure maitrise des couts tout en limitant le renouvellement systématique des équipements. Elles illustrent la complémentarité entre performance économique et exigences environnementales.
Fabien Calvet, « Monsieur Camion », personnalité de la filière 2026
Les Rencontres de la Filière ont également distingué Fabien CALVET, figure emblématique du monde du poids lourd, en lui remettant le prix de la ≪ Personnalité de la Filière 2026 ≫. Pilote, champion de courses de camions, journaliste spécialisé et vice-président de l’International Truck of the Year, il défend depuis plus de trente ans le camion et les professionnels qui font vivre ce secteur.
Cap sur SOLUTRANS 2027 : construire ensemble l’avenir du transport
En conclusion de cette journée, Patrick CHOLTON, président de SOLUTRANS et vice-président de la FFC, a présenté les grandes orientations de la prochaine édition du salon, qui se tiendra du 16 au 20 novembre 2027 à Lyon
Eurexpo, sous la signature ≪ Le futur du transport commence ici ≫.
Véritable carrefour mondial du véhicule industriel et urbain, SOLUTRANS réunira constructeurs, carrossiers constructeurs, équipementiers, énergéticiens, transporteurs et gestionnaires de flottes autour des transformations de la filière. Son programme s’articulera notamment autour du mix énergétique et de la décarbonation, de la data et de l’intelligence artificielle appliquées aux flottes, ainsi que des évolutions règlementaires.
En prolongeant les échanges engages lors des Rencontres de la Filière, SOLUTRANS 2027 entend ainsi favoriser le partage d’expériences, la confrontation des solutions et l’émergence de réponses concrètes aux défis du secteur. Un rendez-vous majeur pour penser et construire collectivement l’avenir du transport.








