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Mondial de l’Auto : le petit Pékin

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Organisée du 12 au 18 octobre 2026, la 91e édition du dernier grand rendez-vous de l’automobile a rassemblé 518 372 visiteurs. Plus que cela, le Mondial de l’Auto a surtout démontrer toute la puissance des firmes chinoises. Sur la soixantaine de constructeurs présents, 25 étaient issus de l’Empire du Milieu ! Une quasi-mainmise qui n’a pas empêché les acteurs historiques de se sublimer à coups de concept-cars et de nouveautés.

C’est un privilège mêlé d’une certaine mélancolie. Pendant des dizaines d’années, le cercle des grands rassemblements du monde de l’automobile tenait en trois noms : Francfort, Genève, Paris ! Au premier, le gigantisme, avec une multitude de halls dont certains dédiés à un unique exposant. Au deuxième, le prestige, tant par le lieu que par ses représentants, et l’homogénéité avec des stands au même format, que l’on s’appelle Volkswagen ou « tartempion ». Au troisième, le glamour parisien, le savoir-faire bleu-blanc-rouge et une fréquentation record. Mais les temps ont changé. Des trois salons cités, ne reste plus aujourd’hui que Paris pour faire vibrer le cœur des anciens. L’Allemagne et la Suisse ont disparu, supplantés par la Chine, avec les salons de Pékin et de Shanghai, ainsi que par les Etats-Unis, avec l’inextinguible rendez-vous de Détroit et celui de Los Angeles. Le rassemblement tricolore demeure, résiste, mais n’a plus vraiment à voir avec ce qu’il était. Il fut une époque où tous les halls de la Porte de Versailles étaient dédiés au Mondial. Pour le commun des mortels, une journée sur place suffisait rarement à faire le tour. On en sortait parfois frustré, mais toujours heureux, avec des étoiles dans les yeux et l’envie d’y revenir dans deux ans ! En rassemblant toutes les marques du marché, des plus accessibles aux plus exclusives, l’événement, qui s’est d’ailleurs longtemps tenu sur deux semaines contre une désormais, réussissait régulièrement à fédérer plus d’un million de badauds. Aujourd’hui, ces chiffres ne sont plus d’actualité. Pour cette 90e édition, le Mondial de l’Auto a comptabilisé sur sept jours 518 372 visiteurs, soit 2 % de plus qu’en 2024. Un résultat loin des standards d’antan mais paradoxalement très satisfaisant. Car on peut changer, être petit, plus mesuré et quand même briller.

Des constructeurs chinois qui attirent les regards

En outre, il convient toujours de comparer ce qui est comparable. Cette année, le monde de l’automobile a pris possession de cinq halls, dont quatre réservés aux constructeurs, avec un panel d’exposants qui a bien évolué. Nos colonnes se font souvent l’écho de la montée en puissance des représentants chinois. Constructeurs, équipementiers ou spécialistes en tout genre, ils sont désormais nombreux à voir grand. Et quoi de mieux, lorsque l’on est ambitieux, que de s’offrir ce qui se fait de plus beau ? Si Paris se mérite avec des espaces d’exposition dont les tarifs débutent à six chiffres et dépassent rapidement le million d’euros, les firmes chinoises ont ouvert tous les robinets du marketing pour assouvir leurs rêves. Le tournant entrevu en 2024 s’est donc confirmé en 2026. En réalité, il s’est même accéléré. Le poids des constructeurs chinois dans les allées de la Porte de Versailles n’a jamais été aussi important. Sur la soixantaine de marques présentes, 25 venaient tout droit de Pékin ! Un raz-de-marée aux airs désormais bien connus, avec pour têtes de gondole BYD (le numéro un mondial de l’électrique), Geely, Chery ou Dongfeng, mais aussi avec des marques aux noms inconnus ou presque tels que Aito, Forthing ou Li Auto. Qu’on les aime ou non, ces nouveaux entrants font à présent partie du jeu et leur place n’avait rien d’illégitime à Paris. A bien y regarder, l’événement en lui-même leur doit une fière chandelle. Si l’on peut regretter le manque de charme des stands chinois – souvent blancs, avec une organisation au cordeau – ainsi que leur déficit de magie, l’absence de concept-cars préfigurant de futurs modèles en est un exemple. Malgré cela, toutes les marques de l’Empire du Milieu ont attiré une foule conséquente de journalistes internationaux et de visiteurs curieux de voir ou de toucher de plus près ce monde inconnu.

Regain de confiance chez les firmes traditionnelles

Ainsi, si le Mondial de l’Auto a perdu Ferrari, McLaren, Lamborghini et consorts, des marques dont les stands savaient émerveiller le public et où il fallait montrer patte blanche pour entrer, le succès de cette édition 2026 n’aurait pas été le même sans l’engagement des Chinois. Eux-mêmes ont su jouer le jeu de l’événement en y dévoilant quelques premières mondiales : Li Auto avec son Li 6, GAC avec son Aion UT Cross, XPeng avec son G9L, Leapmotor avec sa citadine B03 et son monospace D19… Si le baptême demandera une sérieuse répétition pour retenir tous ces noms alambiqués, les nouveau-nés sont bien nés ! Mais telle une nouvelle preuve d’un monde qui change et d’un « nouveau normal » qui s’installe, les constructeurs historiques n’ont boudé ni le salon ni le public. Car ces derniers n’ont pas dit leur dernier mot. D’ailleurs, si l’on veut être totalement honnête avec le travail des organisateurs, la part des marques chinoises a certes encore progressé cette année, mais celle des autres marques a également suivi la même trajectoire. Le Mondial 2022, organisé dans un contexte post-Covid 19, n’avait attiré que 22 constructeurs. Deux ans plus tard, ils étaient 48 et certains étaient venus en faisant le service minimum. En voir plus d’une soixantaine en octobre dernier traduisait donc à la fois la poussée de la Chine mais aussi le regain de confiance des constructeurs traditionnels à l’égard de ce salon. Hormis BMW-Mini, Toyota et Nissan, tous les acteurs occidentaux étaient présents. Renault, l’un des rares à n’avoir jamais relâché son engagement à Paris, était bien évidemment de la partie avec ses trois marques (Renault, Dacia et Alpine) et un stand de très belle facture pour chacune. Stellantis, raillé pour son manque d’ambition deux ans plus tôt, était également là avec huit marques (Alfa Romeo, Citroën, DS Automobiles, Fiat, Lancia, Leapmotor, Opel et Peugeot) contre quatre lors de la précédente édition. Quant à Volkswagen, une majorité des marques de son portefeuille était mise en valeur (Volkswagen, Audi, Skoda, Cupra et Volkswagen VU), non loin des marques sud‑coréennes Hyundai et Kia. Quelques absents majeurs de 2024 – comme Mercedes‑Benz, Smart et Volvo – ont fait un retour remarqué.

2CV : la renaissance d’une star

Par-delà leur participation, toutes ces marques ont également réservé aux visiteurs du Mondial quelques premières. La plus marquante ? Chacun se fera son avis, mais le concept de 2CV électrique de Citroën, annonçant le retour à venir de l’iconique « Deudeuche », était incontestablement l’une des grandes stars de ce Mondial 2026. Avec sa teinte orangée flashy et son style rappelant son aînée, cette 2CV a attiré l’œil tout autant que les objectifs. Sur le stand voisin, DS a dévoilé la Fever, un concept sobre mais du plus bel effet qui rompt avec la complexité stylistique des dernières années et laisse à penser que la marque pourrait revenir sur le segment des petites compactes. De créativité, il en était tout autant question chez Renault. La firme au losange présentait plusieurs concepts sur son stand avec comme fil rouge le souvenir d’hier revisité à la sauce d’aujourd’hui. Une idée concrétisée avec le show car Renault 8 Gordini Concept, réinterprétation moderne de sa mythique sportive des années 60, ainsi que l’E-Space Concept, clin d’œil au premier Espace lancé en 1984. Toujours du côté des Français, Peugeot s’est également fait remarquer avec notamment l’e-T16 Concept, qui transpose l’indémodable 205 Turbo 16 dans un univers futuriste. Dans un style moins tape-à-l’œil mais plus concret, quelques autres nouveautés marquantes ont attiré le public. Pêle-mêle, citons la Dacia Spring, une citadine électrique commercialisée à partir de 17 900 €, l’Audi e-tron, une compacte électrique présentant une autonomie impressionnante de 649 km, la Fiat Grizzly, un SUV compact qui a l’avantage d’être multiénergie, ou encore la Smart #2, successeure de la Fortwo. La liste des modèles à voir et à revoir mériterait d’être encore plus développée. Quoi qu’il en soit, ces innovations, issues d’Europe, d’Amérique ou d’Asie, montrent bel et bien qu’un nouvel équilibre est possible. Entre la France et la Chine, un vol direct semble s’installer tous les deux ans. Mais Paris reste Paris et même loin de son glorieux passé, le Mondial prouve qu’il est possible de se réinventer en contentant tout le monde. Cette dernière édition a ainsi chassé les doutes et la mélancolie. N’est-ce pas là la plus belle réussite ?

Julien Nicolas

Visuel ©Louis Westerloppe

Rédaction
Rédactionhttps://www.maghreb-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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