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Du thermique à l’électrique : REV et Sogafric réinventent le Hilux pour le continent africain

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Il y a des prototypes qui roulent dans le secret des laboratoires. Et puis il y a ceux qui, dès leur premier tour de piste, embarquent toute une vision industrielle. Le E-LUX, premier Toyota Hilux rétrofité 100% électrique pour un usage professionnel en Afrique, appartient sans conteste à cette deuxième catégorie. Présenté en avant-première mondiale les 11 et 12 juin 2025 sur le site de l’UTAC à Oued Zem, au Maroc, ce véhicule utilitaire exprime une double ambition : accélérer la transition énergétique sur le continent et réinventer les usages professionnels du pickup le plus vendu d’Afrique.

Nous avons été invités à découvrir ce prototype dans les conditions réelles d’essai. Et plus qu’un simple test drive, cette journée fut une immersion dans une aventure technologique, humaine et industrielle où chaque détail – du climat marocain à la courbe de couple – compte.

Le E-LUX, c’est d’abord une histoire de besoin. Celui exprimé par un client pétrolier gabonais auprès de Sogafric, distributeur historique de Toyota dans la région, qui cherchait une solution zéro émission sans renoncer aux capacités tout-terrain du Hilux. Un pari fou ? Peut-être. Mais que Sogafric et son partenaire français REV Mobilities ont décidé de relever.

Deux ans plus tard, le résultat est là : un Toyota Hilux GUN125, post-2015, intégralement rétrofité en version électrique par REV Off-road. Une motorisation électrique de 160 kW en crête (40 kW en continu), une batterie de 40 kWh (36 utiles), 190 km d’autonomie off-road, et un système de recharge à 80% en deux heures sur une borne 7 kW. Mais au-delà des chiffres, c’est la philosophie du projet qui frappe : ici, il ne s’agit pas d’adapter un produit existant, mais de repenser une chaîne de traction complète, capable de fonctionner dans les conditions africaines les plus exigeantes.

La base choisie – le Hilux GUN125 – n’est pas anodine. C’est une plateforme largement répandue sur le continent africain, avec des pièces détachées disponibles, un réseau après-vente déjà existant et un châssis éprouvé. En optant pour un modèle aussi robuste et répandu, REV et Sogafric maximisent l’impact du rétrofit, en s’adressant à une population d’utilisateurs professionnels, artisans, agriculteurs, sociétés minières ou services publics.

Deux ans de développement pour une mission critique

Climats équatoriaux, pistes défoncées, infrastructures électriques sporadiques : autant de réalités qui ont dicté le cahier des charges. Chaque composant a été tropicalisé, chaque option étudiée. Fini la boîte de vitesses, remplacée par un convertisseur. La chaîne de traction a été étanchéifiée, testée contre la poussière, la chaleur, les vibrations, et même contre un feu de 600°C pendant 5 minutes.

Vincent Leblond, directeur technique chez REV, nous confie que la plus grande réussite du E-LUX n’est peut-être pas visible à l’œil nu : le véhicule conserve tous ses logiciels d’origine. Pour le Hilux, rien n’a changé. Il ne « sait » même pas qu’il est devenu électrique. Une intégration logicielle poussée, garante de la compatibilité avec tous les outils d’entretien Toyota déjà déployés en Afrique.

Le refroidissement de la batterie a également été l’objet d’un travail approfondi. Des tests ont été menés en climat tropical simulé, et des simulations thermiques ont permis d’adapter les flux d’air et les seuils de sécurité. Le pack batterie est protégé, ventilé, et pensé pour être facilement démontable et remplaçable.

Les ingénieurs de REV se sont aussi penchés sur l’ergonomie du poste de conduite. Le sélecteur de vitesses est remplacé par un simple bouton rotatif, l’affichage est optimisé pour indiquer en temps réel l’état de charge, l’autonomie estimée et la température des composants clés. L’objectif : une prise en main intuitive, sans formation complexe, même pour un utilisateur peu familiarisé avec l’électrique.

Essai sur piste : entre silence et efficacité

L’UTAC Maroc, avec ses 30 km de pistes tout-terrain, est le lieu idéal pour mettre le E-LUX à l’épreuve. Premier tour de reconnaissance sur sol mixte : sable, rochers, ornières. La sensation est immédiate. Le E-LUX ne rugit pas, il glisse. Le silence est saisissant, presque déconcertant. Mais la puissance est là, immédiate, sans à-coups, avec un contrôle précis à la pédale.

L’équipe technique nous invite à refaire un second tour, cette fois à rythme plus soutenu. Objectif : vérifier la cohérence entre fiche technique et comportement réel. Résultat : le véhicule grimpe, franchit, encaisse et reprend sans faillir. L’absence de boîte de vitesse ajoute au confort. Pas de rupture de couple, pas de fumée, pas de bruit. C’est un 4×4 nouvelle génération, taillé pour un usage professionnel, mais qui ne renie rien de son ADN Hilux.

Sur les sections de terrain meuble, le contrôle de motricité électrique fait merveille : pas besoin d’embrayage ni de calage, la puissance s’adapte instantanément.

Une ambition industrielle pour le Maroc et l’Afrique

Si ce prototype a été testé au Maroc, ce n’est pas un hasard. Les responsables de REV et Sogafric l’assument : le Royaume est un marché stratégique. Grâce à son climat varié, à ses pistes exigeantes, mais aussi à son ambition industrielle, il constitue un laboratoire idéal. Un centre d’installation de kits électriques y est déjà en projet.

Mais l’ambition va bien au-delà. Dès 2026, une unité d’assemblage au Gabon produira 200 véhicules par an pour l’Afrique Centrale. REV et Sogafric prévoient ensuite d’étendre leur offre à l’ensemble du continent. Avec une promesse simple : convertir, plutôt que jeter. Le rétrofit devient ainsi une stratégie circulaire, où le véhicule existant est modernisé, électrifié et réutilisé dans les conditions pour lesquelles il a été conçu.

Les autorités gabonaises ont d’ailleurs récemment publié un cadre réglementaire autorisant le rétrofit, faisant du pays l’un des premiers en Afrique à légitimer ce procédé. Cette évolution légale est perçue par REV comme une véritable avancée et un levier de développement.

L’Afrique, terrain d’électrification réaliste

Dans un continent où l’importation de véhicules électriques neufs est économiquement et logistiquement difficile, le E-LUX représente une alternative crédible. Basé sur une plateforme Hilux largement répandue, il permet un accès à des pièces détachées déjà disponibles, une réparabilité immédiate, et une durée de vie allongée grâce à la robustesse du châssis et à la simplicité mécanique.

Ajoutez à cela une autonomie de 190 km en tout-terrain – largement suffisante pour les trajets quotidiens des sites miniers, agricoles ou logistiques – et une économie de 8 tonnes de CO2 sur 80.000 km, et vous obtenez un véhicule pensé pour l’usage, pas pour l’image.

REV se positionne ici comme un pionnier mais aussi comme un industriel pragmatique : ses kits sont standardisés, testés, réparables et adaptables. Et leur approche pourrait ouvrir la voie à une filière complète de rétrofit africain, avec formation locale, emplois spécialisés et autonomie industrielle.

Le E-LUX n’a pas vocation à séduire les citadins. Il vise les professionnels du terrain, ceux pour qui un véhicule est un outil, pas un symbole. Et c’est peut-être là sa plus grande force.

Une vision partagée, du Gabon au Maroc

Du directeur technique aux partenaires marocains, tous les interlocuteurs rencontrés lors de cette présentation partagent la même conviction : l’électrification de l’Afrique passera par des solutions locales, durables, adaptées. Sogafric, fort de 70 ans d’expérience sur le continent, entend jouer un rôle moteur. REV, pionnier du rétrofit en France, y voit un terrain d’expérimentation à échelle réelle.

Le E-LUX, lui, roule déjà. Et au terme de cette journée à Oued Zem, une chose est sûre : ce pickup silencieux, efficace et modulaire a réussi son premier examen. Pas besoin de superlatifs : ses faits d’armes parlent pour lui. Une nouvelle ère s’ouvre pour le tout-terrain professionnel africain.

WheelSecure : le test du fakir pour rouler sans crainte

Autre innovation spectaculaire testée sur le circuit d’Oued Zem : le système WheelSecure, protection préventive des pneumatiques par gel injecté. Imaginé pour les environnements à risques – chantiers, zones rurales, sites miniers – le traitement préventif WheelSecure consiste à injecter un gel à base de pneus recyclés dans les pneumatiques. Ce gel, activé au moment d’une perforation (par un clou, une vis ou tout objet tranchant), colmate immédiatement et définitivement le trou, sans perte de pression ni risque de crevaison lente.

Et pour démontrer l’efficacité du système, les équipes ont sorti la planche à clous. Véritable test du fakir : le E-LUX, équipé de pneus traités, a roulé sans broncher sur une série d’obstacles perforants. Résultat : aucune perte d’air, aucune déformation, aucun arrêt. En comparaison, le même passage réalisé avec un pneu non traité a généré une crevaison immédiate. Baptisé en conditions réelles par plusieurs journalistes présents, le dispositif a impressionné tant par sa simplicité que par sa robustesse.

WheelSecure permet de prolonger la durée de vie des pneus, d’éviter les arrêts en pleine mission et surtout de garantir une sécurité active essentielle sur des terrains isolés. Cette solution, unique en version haute vitesse, est compatible avec tous types de pneus et vise clairement un public professionnel : BTP, agriculture, sécurité, transports, armée. Une innovation aussi simple que stratégique.

Abdellah Khalil

Rédaction
Rédactionhttps://www.maghreb-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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