Le plus grand salon mondial dédié aux pièces de réemploi automobile s’est tenu du 8 au 10 avril 2025 à Amsterdam. Dans la capitale des Pays-Bas, plus de 170 exposants représentants une vingtaine de pays se sont rassemblés dans les allées du centre des congrès pour mettre en exergue les dernières innovations du secteur et évoquer ses grands enjeux.
Et si finalement, de tous les rendez-vous que le monde de l’après-vente automobile compte, Rematec n’était pas le plus important ? Sans boule de cristal ni analyse au doigt mouillé, on parierait bien volontiers qu’un certain nombre de nouveautés et d’enseignements tirés du rendez-vous amsterdamois deviendront des sujets cruciaux à court ou moyen termes pour l’ensemble de la profession. Comme c’est le cas tous les deux ans, le plus grand évènement au monde consacré à la thématique des pièces de réemploi s’est tenu du 8 au 10 avril au centre des congrès de la capitale néerlandaise. Sans tambours ni trompettes, les organisateurs sont restés fidèles à leur ligne directrice : concevoir un salon professionnel, riche en innovations et en débats, favorisant les échanges et les découvertes, dans un cadre sobre et allant à l’essentiel. Voilà comment résumer Rematec. « Toute la filière se retrouve ici. C’est LE salon incontournable du marché de la rechange automobile. Pour nous, c’est une plateforme de réseautage idéale et un point de rencontre privilégié avec tous nos clients, fournisseurs et partenaires » a indiqué en ouverture Maria Rau-Bonelli, PDG du salon. Plus que de faire rêver, la pièce de réemploi est un sujet très terre-à-terre qui doit avant tout défendre des intérêts et servir une cause. RAI Amsterdam, soutenu par l’APRA (Automotive Parts Remanufacturers Association) et la FIRM (Federation of Engine Manufacturers and Rebuilders), a ainsi souhaité mettre l’accent cette année sur des thèmes clés tels que sont les véhicules électriques, les batteries ou encore la fabrication durable, reflétant les tendances technologiques actuelles et l’importance croissante de l’économie circulaire. Loin d’être une simple tendance « verte », celle-ci transforme d’ores et déjà en profondeur l’industrie automobile. Des constructeurs aux réparateurs, des équipementiers aux distributeurs, pas une strate de la profession ne peut passer à côté de ce triptyque consistant à produire mieux, durer plus et gaspiller moins.
Innovation et réflexion
Dans les allées, plus de 170 exposants se sont rassemblés durant les trois jours. Parmi eux, quelques grands noms bien entendu – Bosch, Valeo, Forvia, Borg Automotive et même Renault via sa filiale The Future is Neutral – mais aussi une quantité de plus petits, moins connus certes mais pas moins intéressants. Car c’est là ce qui fait le sel de la pièce de réemploi, et de Rematec en particulier, avec une incroyable hétérogénéité de spécialistes. « Ce salon est un véritable carrefour, connu et reconnu, du secteur. Ce n’est pas très grand mais c’est très animé et très qualitatif » juge un exposant. Sentiment confirmé par un second qui appuie cet aspect. « Dès le premier matin, les représentants des constructeurs étaient dans les allées. Plus globalement, on voit beaucoup de décideurs. Rematec est un salon qui permet clairement de faire du business. » « Et puis l’investissement reste raisonnable comparé à d’autres évènements », pointe un autre. Tous les exposants ont pu promouvoir à Amsterdam leur savoir-faire mais aussi leurs dernières innovations (voir par ailleurs). Cette édition n’en manquait pas, les organisateurs soulignant d’ailleurs en ouverture une véritable montée en puissance des « exclusivités » présentées dans leurs allées, preuve aussi d’une accélération des développements du secteur. Mais au-delà des produits, le salon se voulait également une plateforme d’échanges et de débats. Evènement dans l’évènement, le Congrès RMTC proposait un programme de trois jours axé sur l’allongement du cycle de vie des produits, avec des discussions sur la conception orientée vers l’avenir, les nouveaux modèles économiques et l’intégration de l’automatisation dans le remanufacturing. Le Rematec Theatre offrait quant à lui un cycle de conférences sur des sujets variés. Faisant salle comble, l’une d’elle abordait notamment la question du remanufacturing des batteries des véhicules électriques. En outre, un espace dédié à la robotique et à l’intelligence artificielle ainsi qu’un second baptisé « battery corner », présentant les dernières avancées en matière de gestion du cycle de vie des batteries et de solutions énergétiques durables, ont aussi animé le centre des congrès. Sur le plan international, des pavillons nationaux donnaient une autre lecture au salon. La Chine ou encore la France s’y sont déployés en force avec une sélection de représentants spécialisés, offrant chacun différents axes de réflexion sur cette thématique.
Le Maghreb en retrait…
En revanche, si les acteurs du Maghreb étaient très probablement présents parmi les quelques 90 nationalités représentées au sein des 4 000 visiteurs de Rematec, aucun pavillon marocain, tunisien ou algérien ne figurait dans les allées, ni même aucun exposant de ces pays. La preuve à la fois d’une histoire encore balbutiante et de freins persistants. Le premier tient dans l’absence de cadre réglementaire clair. Les pays du Maghreb n’ont pas encore déployé une législation bien définie encadrant le démontage, la traçabilité et la commercialisation des pièces de réemploi. Par ailleurs, peu d’unités agréées pour le traitement et le recyclage des véhicules en fin de vie existent sur ces marchés, contrairement à l’Europe, par exemple, où celles-ci doivent nécessairement transiter par des centres agréés. En outre, l’économie informelle demeure très présente. Sur le marché noir, les pièces d’occasion sont souvent vendues sans contrôle qualité, sans garantie, et échappent à tout encadrement officiel. Pour les acteurs structurés, cela représente de fait une concurrence déloyale avec des prix pratiqués n’ayant rien à voir entre le côté formel et celui informel. Cette situation pénalise la croissance des entreprises s’inscrivant dans une démarche pérenne et cadrée, et cela ralentit aussi le développement à grande échelle de la filière. Mais alors que peu de centres de déconstruction automobile modernes existent et qu’une insuffisance notable d’outils technologiques pour le tri, la traçabilité et la revalorisation des pièces est observée, les pièces de réemploi souffrent d’une image négative, encore trop souvent perçues comme de mauvaise qualité, ou peu fiables, par rapport à du neuf, et trop onéreuses, comparé à de la contrefaçon. Au final, faute de cadre défini, faute de formation et de professionnalisation, faute de communication ou de sensibilisation aux problématiques de durabilité, les notions de réemploi, de recyclage ou de remanufacturing restent encore peu connues du grand public.
…mais un potentiel certain
Paradoxalement, le potentiel du réemploi au Maghreb est réel, surtout dans un contexte où les prix des pièces neuves explosent. Au Maroc, ce marché est actuellement évalué à environ 20 milliards de dirhams, avec un taux de croissance annuel d’environ 5,5 %. Même sans exposants maghrébins, Rematec constituait donc une formidable ouverture pour la région avec de multiples pistes à la clé. Dans les allées du salon, plusieurs exposants ont partagé ces perspectives encourageantes. « Au-delà de l’importance de légiférer et de créer un statut légal, il est surtout primordial de professionnaliser la filière, analyse le représentant d’un grand groupe. Que ce soit en créant ou modernisant des centres de déconstruction avec des outils de pointe, en formant les professionnels à identifier, tester et garantir les pièces avant leur mise en vente, et en encourageant les investissements publics ou les partenariats public-privé dans ce secteur. » D’autres militent pour davantage de coopérations régionales et interrégionales. « Il faut que les bonnes pratiques des uns et des autres profitent à tous au Maghreb mais aussi que ses pays s’ouvrent à d’autres continents, en collaborant pourquoi pas avec des organismes européens pour organiser la filière » affirme un autre exposant. Et puisque Rematec est un bel exemple de ce qui fonctionne, certains estiment que le concept même du salon aura, tôt ou tard, tout son sens en Afrique du Nord. Premièrement parce qu’il y a « de belles entreprises, des success stories, qui émergent dans le réemploi même si elles ne sont pas encore très nombreuses » note un exposant. Deuxièmement parce que « le Maghreb a fait ses preuves en matière de salons. Il y a une culture qui existe » explique un autre. Dès lors que l’effort d’information autour des avantages économiques et environnementaux du réemploi et de structuration de la filière sera en marche, « pourquoi ne pas imaginer des mini-Rematec, des salons régionaux dédiés à la pièce d’occasion et à l’économie circulaire au Maghreb ? » Loin d’être saugrenue, l’idée fait sens. Le savoir-faire n’est rien sans le faire savoir, et inversement. Quand tout est à construire, rassembler et communiquer demeurent de solides piliers.







