Au cœur du tumulte d’Automechanika Istanbul 2025, là où les stands rivalisent de démesure, d’innovations clinquantes et de slogans mondialisés, un petit pavillon attire l’attention pour d’autres raisons. Pas de démonstration tapageuse ni d’écran géant, mais une présence assumée, solide, ancrée : celle de Colmar, seul exposant tunisien cette année. Dans cet environnement ultra-concurrentiel, la participation de cette société de Sousse spécialisée dans les ressorts et pièces de suspension pour poids lourds prend une résonance particulière. Car derrière les présentoirs de métal et les brochures bien rangées se joue une tout autre histoire : celle d’une entreprise industrielle qui croit à la visibilité par l’effort, à la constance par la présence, et à la fierté nationale par la qualité.
À la tête de cette aventure se tient Helmi Ben Saida, directeur commercial de Colmar et figure familière des grands rendez-vous de la pièce de rechange. Habitué des salons internationaux, de Francfort à Shanghai, il représente une voix tunisienne rare dans les allées d’Automechanika. Une voix claire et déterminée. Celle d’un industriel qui défend son entreprise, son pays, et une certaine idée de la fabrication méditerranéenne : rigoureuse, résiliente et pragmatique. Si Colmar est là aujourd’hui, ce n’est ni un hasard ni un coup d’éclat. C’est le fruit d’un itinéraire construit avec méthode, d’une stratégie tournée vers l’export, et d’une volonté de démontrer – par les faits – que la Tunisie industrielle peut tenir son rang sur la scène internationale.
« Cette année, je fais Istanbul, ensuite Johannesburg, puis Shanghai. Ce n’est pas juste pour faire acte de présence. Chaque salon a sa cible, ses opportunités », explique Helmi Ben Saida. Loin de se contenter de reconduire des présences routinières, Colmar choisit ses destinations avec stratégie : Istanbul pour le réseau existant, Johannesburg pour explorer de nouveaux marchés africains, Shanghai pour retrouver des clients qu’on ne voit nulle part ailleurs.
En effet, Colmar est de ceux qui ont compris que la visibilité internationale ne se décrète pas : elle se construit sur le terrain, dans les couloirs d’un salon, au détour d’un stand, dans l’écoute des besoins locaux. Et dans cette dynamique, Istanbul représente bien plus qu’un salon régional. « Ici, je retrouve mes clients fidèles. Ce n’est pas là que je vais faire de nouvelles affaires, mais c’est essentiel pour entretenir la relation », confie Ben Saida.
Une entreprise résiliente, ancrée dans son époque
Colmar incarne cette génération d’entreprises tunisiennes qui ont su se forger une place sur la scène internationale à la seule force du travail, de la rigueur industrielle et d’un attachement profond à leur territoire. Spécialisée dans la fabrication de ressorts à lames et de composants pour véhicules industriels, l’entreprise est implantée à Sousse, où elle mène l’essentiel de sa production. Mais son champ d’action dépasse largement les frontières du Maghreb. Colmar exporte aujourd’hui vers plus de 40 pays à travers le monde, avec une présence solide sur des marchés aussi variés que l’Algérie, l’Italie, la Belgique, l’Espagne, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, la Grèce, ou encore plusieurs destinations stratégiques du Moyen-Orient. Même l’Irak, malgré l’instabilité de son environnement commercial, figure parmi ses débouchés actifs – preuve d’une capacité d’adaptation hors normes.
Ce qui distingue Colmar, c’est sa faculté à conjuguer ambition internationale et gestion prudente. Loin des modèles expansionnistes fondés sur des prises de risques massives, l’entreprise tunisienne adopte une approche mesurée, fondée sur des partenariats solides et des relations commerciales durables. Chaque marché est analysé avec soin, chaque opportunité scrutée à l’aune de la réalité opérationnelle. La Turquie, par exemple, reste pour l’instant difficile d’accès, non pas faute de compétitivité produit – Colmar se dit « totalement alignée sur les standards de qualité » – mais à cause de conditions commerciales spécifiques, notamment les facilités de paiement très étendues proposées par certains fournisseurs locaux. « Nous sommes compétitifs sur les prix, mais pas sur les délais de règlement. Travailler avec des échéances de 180 jours, voire plus, ce n’est pas notre modèle économique », explique Helmi Ben Saida avec lucidité.
Plutôt que de s’aligner sur des pratiques qu’elle juge trop risquées, Colmar préfère assumer une forme d’indépendance stratégique. Le directeur commercial ne cède ni au fatalisme ni à la tentation du compromis à tout prix. Il connaît les règles du jeu, les limites de son modèle, mais surtout la solidité de ses atouts. Cette lucidité fait partie intégrante de la résilience de l’entreprise : savoir dire non, savoir choisir ses combats, savoir se retirer lorsque les conditions ne sont pas réunies. C’est aussi cette posture qui lui permet de durer, de fidéliser ses clients, et d’avancer, sans dévier de sa ligne de conduite.
Un laboratoire pour gagner en autonomie
L’année 2025 représente un tournant significatif pour Colmar sur le plan technologique. L’entreprise tunisienne franchit une étape décisive dans sa montée en compétences industrielles avec la mise en service de son propre laboratoire d’essais, directement intégré à son site de production de Sousse. Ce nouveau dispositif, homologué en partenariat avec une grande société internationale, n’est pas un simple outil de contrôle qualité : il s’agit d’une volonté claire de gagner en autonomie, en réactivité et en crédibilité technique. Grâce à cet équipement, Colmar peut désormais valider en interne la conformité de ses produits, tester de nouveaux matériaux, simuler des conditions d’usage extrêmes et raccourcir les délais de mise sur le marché.
Pour Helmi Ben Saida, cette avancée est bien plus qu’un jalon industriel : c’est un symbole. « On essaie d’être à la hauteur, de se caler sur les standards internationaux, sans pour autant perdre notre identité », affirme-t-il. En dotant son usine d’un laboratoire performant, Colmar envoie un signal fort à ses partenaires et à ses clients : l’entreprise ne se contente pas de produire, elle innove, elle vérifie, elle anticipe. Cette maîtrise du cycle complet – de la conception à la validation – renforce considérablement sa capacité à répondre à des exigences techniques élevées, notamment dans les marchés européens ou du Moyen-Orient où les cahiers des charges sont de plus en plus stricts.
Ce laboratoire est également un levier stratégique pour ouvrir de nouvelles perspectives de développement produit. Même si aucun lancement majeur n’est programmé pour 2025, Colmar garde une logique d’adaptation en temps réel. Loin des stratégies industrielles figées, la marque cultive une approche flexible, basée sur la commande spécifique et la réponse ciblée. « On introduit de nouveaux produits à la demande. On travaille sur mesure. Si un client a un besoin spécifique, on l’intègre à notre production », explique Helmi Ben Saida. Une philosophie artisanale au service d’une ambition industrielle : telle est la singularité de Colmar dans un monde d’automatisation de masse.
Retrouvez le reportage complet dans notre prochain numéro de Tunisie Rechange (distribué sur Equip Auto Paris)





