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Farid Mansour : « Quand la passion est là, ce quotidien n’est pas un sacrifice »

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Chez Farid Mansour, l’entreprise est une histoire de famille… et de vocation. Immergé dès l’enfance dans le monde de la pièce automobile, il a construit son parcours entre héritage, apprentissage et ambition, jusqu’à devenir l’un des piliers du groupe.

Farid, avec vous l’expression « tomber dans la marmite » prend tout son sens car vous baignez dans la pièce depuis très jeune. Racontez-nous…

On peut même dire que je suis né dans la pièce ! L’histoire est assez simple. Mon père travaillait dans le monde de l’automobile depuis les années 70 avec un atelier de tôlerie qui avait un certain succès et quelques années plus tard, peu de temps avant ma naissance, il est devenu agent de marques puis importateur de pièces détachées. C’est comme cela qu’il a créé son entreprise. Moi j’ai grandi dans cet environnement qui était véritablement passionnant. Les outils étaient mes jouets ! Je me souviens aussi qu’il y avait toujours beaucoup de monde autour de nous. Toutes ces rencontres étaient captivantes pour l’enfant puis l’adolescent que j’étais.

Au moment de choisir vos études et votre voie, tout s’est donc fait naturellement ?

Oui, assez naturellement car j’avais ça dans le sang. Faire du commerce, travailler dans cette entreprise, c’est ma vie et je l’ai très tôt compris. Pour l’anecdote, après le bac, mon père voulait que je fasse une carrière dans l’armée mais j’étais convaincu que mon avenir devait s’écrire ailleurs. J’ai donc opté pour une licence puis un master en management que j’ai suivi tout en travaillant.

Il paraît que vous ne preniez jamais un jour de repos pendant votre master ?

Ce qui se passait, c’est que j’étais du lundi au vendredi en entreprise, et le week-end j’étudiais. C’était un rythme un peu fou, j’en conviens, mais quand la passion est là ce quotidien n’est pas un sacrifice. Il m’est arrivé à d’autres moments de ma vie de travailler beaucoup, y compris pendant mes vacances sans jamais avoir l’impression de louper quelque chose. Et ça, je crois que c’est surtout la passion qui le permet.

Parlez-nous de votre parcours. Comment s’est-il construit au sein de l’entreprise familiale ?

À la fin de mes études, comme beaucoup de jeunes dans mon cas, j’ai commencé en bas de l’échelle. J’ai fait le tour de différents métiers jusqu’à prendre la direction d’un de nos magasins. C’est un premier tournant dans ma carrière car cette mission était difficile. J’étais confronté à des gens plus expérimentés, qui voyaient arriver un petit jeune qui voulait apporter du changement, de la nouveauté… Tout cela n’est pas toujours compris ou assimilé mais c’était une étape importante dans ma construction. Par la suite, j’ai eu l’occasion d’évoluer, en contribuant notamment à déployer un ERP pour tous nos magasins, jusqu’à devenir directeur commercial voilà une dizaine d’années.

L’organisation d’EMSG a ceci de particulier que tous les postes clés sont confiés à des membres de votre famille. Est-ce compliqué de travailler avec les siens ?

Je n’ai pas cette impression pour la bonne et simple raison que nous sommes tous à notre place. Ma sœur aînée s’occupe des finances, mon frère aîné des achats, et mon plus jeune frère de la logistique. Tous les quatre, avec notre père (Saïd Mansour, NDLR) bien sûr qui est toujours là pour nous, nous sommes très complémentaires. Et puis au-delà de nos qualités respectives, ce qui compte énormément, c’est qu’on se respecte et qu’on s’entraide.

Vous évoquiez à l’instant le vôtre. Les relations père-fils, ou parent-enfant, dans le cadre professionnel peuvent parfois être électriques. Qu’en est-il chez les Mansour ?

Avec ma sœur et mes frères, nous avons une chance inouïe en ayant un père à la fois à l’écoute, ouvert d’esprit, mais qui a su aussi très tôt nous responsabiliser. L’apprentissage fait partie intégrante de son fonctionnement. Il nous a toujours donné l’opportunité de faire, d’essayer. Alors certes, quand on dirige une entreprise familiale, l’échec n’est pas permis mais avec un père comme le nôtre l’erreur est admise et fait partie du chemin. Je crois qu’il n’y a pas meilleur environnement pour avancer, se construire et s’épanouir.

Aujourd’hui vous avez 38 ans, vous êtes devenu un homme, vous êtes père de famille. Pour autant, quels conseils ou quels traits de caractère le jeune Farid Mansour a-t-il gardé de son aîné ?

Le premier conseil que mon père nous a toujours formulé, c’est l’honnêteté. Quoi qu’il se passe, le mensonge n’est jamais la solution, qu’il s’agisse des clients, des fournisseurs ou des équipes. Le deuxième point, c’est qu’il faut gagner ensemble. Le fameux « win-win » est fondamental. Si je gagne en faisant en sorte que mon interlocuteur gagne aussi, alors on ira tous les deux beaucoup plus loin. Et puis enfin, de façon plus spirituelle, ce que mon père nous a répété, c’est d’apprendre de nos erreurs et d’avoir l’esprit de grâce, savoir pardonner.

Ressentez-vous une pression à être à la tête de cet héritage familial ?

Je ne parlerais pas de pression. C’est plutôt une grande responsabilité. La première génération a construit une entreprise ayant une expertise unanimement reconnue, qui rayonne sur son marché et qui jouit d’une très bonne réputation. On se doit d’être très vigilant pour ne rien abîmer. II ne faut jamais jouer avec l’image de marque d’une entreprise.

Avez-vous le sentiment d’avoir fait des erreurs au cours de votre parcours ?

Je n’ai pas cette impression. En revanche, comme beaucoup de jeunes passionnés et ambitieux, j’ai pu parfois vouloir aller trop vite. Quand on débute, et de surcroît quand on arrive comme moi dans un univers qui vous est déjà familier, on a plein d’idées, plein d’envies, on veut grandir, se diversifier… Parfois, ça fonctionne et ça a du sens mais parfois il faut aussi se concentrer sur ce qu’on sait faire.

Vous dirigez aujourd’hui un groupe qui rayonne dans son secteur et dans son pays avec sept points de vente et deux ateliers. De quoi êtes-vous le plus fier ?

De notre capacité à fidéliser et former les équipes. Ça, c’est une vraie fierté. On est très attentif à la stabilité de nos équipes et certains de nos collaborateurs nous accompagnent depuis plus de trente ans. Par ailleurs, on forme beaucoup chez nous, 80 % de nos effectifs pour être précis, parce que c’est notre philosophie profonde. La transmission fait partie de nos gènes et c’est aussi un formidable levier pour partager notre culture d’entreprise.

Qu’est-ce qui guide désormais votre stratégie et où comptez-vous aller dans le futur avec EMSG ?

Comme vous l’avez rappelé, nous avons aujourd’hui sept points de vente et deux ateliers sur le territoire. L’idée est désormais d’accélérer sur ce second axe. C’est là que le potentiel de croissance nous semble le plus intéressant, c’est là que nous avons encore beaucoup à gagner. Même si le contexte est difficile, nous y croyons fortement. C’est un challenge qui nous porte.

Vous n’avez même pas encore 40 ans alors la question va peut-être vous paraître complexe. Pour autant, quand on représente comme vous la deuxième génération à la tête d’une entreprise familiale, pense-t-on à la transmettre à la troisième génération ?

En réalité, cette question n’est pas si complexe que cela car nous élevons nos enfants comme nous avons été élevés. J’ai six enfants et mon aîné n’a que 11 ans mais ils baignent tous dans l’environnement que j’ai connu à leur âge. On essaie de leur offrir la meilleure vie, les meilleures écoles et, au bout du compte, c’est eux qui choisiront leur voie. Mais en attendant, la transmission est forcément dans nos têtes. C’est notre devoir de préparer les conditions qui favoriseront peut-être un jour l’arrivée de cette relève.

Rédaction
Rédactionhttps://www.maghreb-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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