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Sur le terrain, deux témoignages pour deux visions

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Alors que la préparation du premier Equip Auto version ivoirienne bat son plein, nous avons interrogé deux témoins pour prendre le pouls du terrain. Très attendu sur un marché de plus en plus dynamique d’un côté, prématuré à l’heure où la rechange locale demande encore à se structurer de l’autre, différentes analyses s’affrontent.

Les 26, 27 et 28 novembre 2026 constitueront, quoi qu’il arrive, un moment à part pour le monde de la rechange ivoirienne. C’est en effet à ces dates que se tiendra la première édition du salon Equip Auto Côte d’Ivoire. Trois jours durant, cet univers se retrouvera au parc des expositions d’Abidjan concrétisant ainsi un projet de grande envergure. Mais qu’en pensent réellement les professionnels du secteur ? Pour certains, l’officialisation de cette nouvelle, début février, a constitué un vrai moment de satisfaction. « Ce pays mérite d’avoir un tel événement, note Mehdi Chalane, dirigeant de la branche véhicules industriels et poids lourds de Rimco Motors (groupe Yeshi). Mais au-delà de ça, il y avait un vrai besoin localement, et un besoin qui n’a cessé de grandir à mesure que le marché s’est développé ces dernières années. » En dépit du poids de l’informel et de son manque de structuration global, la rechange ivoirienne dénote par sa vitalité. Comme nous l’a confié Luc Azilinon dans l’entretien qu’il nous a accordé, c’est cette dynamique de croissance qui a notamment permis que les planètes s’alignent entre sa société, Interlinks Auto, et les équipes d’Equip Auto. Face à l’absence de salons professionnels, les acteurs locaux de cet écosystème n’avaient jusqu’ici aucune vitrine pour se montrer. Exposer son offre et ses services, valoriser son expertise et son histoire, mettre en exergue ses outils industriels ou commerciaux… En prenant part à ce type de manifestation, les objectifs sont multiples et pourront se concrétiser à l’automne prochain.

Rencontrer du monde, affiner les stratégies

Mais au-delà de cet aspect, le marché ivoirien y voit également une autre opportunité fondamentale. « À mes yeux, Equip Auto sera une formidable occasion de se réunir. Bien sûr qu’on veut faire du business en montrant ce qu’on sait faire. Mais on veut aussi élargir nos perspectives en rencontrant d’autres groupes, en confrontant les problématiques, en identifiant d’éventuelles synergies. Un salon, c’est aussi du business indirect. Son intérêt est aussi de pouvoir déboucher après coup sur des collaborations commerciales. » Pour le responsable, cela est d’autant plus crucial dans le contexte du moment. Nonobstant sa croissance, le marché ivoirien de la rechange est en bonne partie boosté par la Chine. Les représentants de l’Empire du milieu ont trouvé leur place dans le pays et ont permis de générer de nouvelles opportunités, mais avec des résultats parfois discutables. Mehdi Chalane poursuit la réflexion : « Les acteurs chinois sont souvent très bons commercialement parlant mais nettement moins techniquement parlant. Il y a une vraie carence au niveau de l’accompagnement technique du terrain. Par ailleurs, ils n’ont pas cette appétence pour la logistique et les stocks. Si vous voulez des pièces, vous les commandez, elles viennent de Chine et vous les attendez pendant 6, 8, 10 mois avec tous les aléas de transport et de coûts que cela implique. Grâce à un événement comme Equip Auto, on pourra nourrir nos réflexions et affiner nos choix. »

Des besoins forts en matière de formation

Si les lacunes techniques des groupes chinois sont si préjudiciables, c’est aussi parce que le marché ivoirien lui-même nourrit ses propres lacunes. Dans un pays où la formation aux métiers de la mécanique automobile n’a jamais fait l’objet de la moindre structuration, le bouche-à-oreille demeure le meilleur des cursus. Cela permet de cultiver les savoirs, c’est une indéniable réalité, mais cette transmission trouve sa limite dès lors que les technologies de pointe deviennent la norme. Mi- sérieux, mi-blagueur, Mehdi Chalane juge que « là où vous êtes chez vous sur des moteurs Euro 5, Euro 6, chez nous, les professionnels se sont arrêtés à Euro 2… » En tant que plateforme globale du secteur, Equip Auto aura donc pour mission, tout autant que pour vertu, de mettre en exergue les problématiques du secteur et les défis à relever. La formation est en un parmi d’autres mais un majeur. « Il y a des évolutions qui doivent être rapidement appréhendées » pointe le responsable de Rimco Motors. Son groupe inaugurera dans quelques semaines une académie qu’il a fait bâtir et qui sera spécialisée dans la formation à la mécanique sur les moteurs, les essieux ou l’électronique. Ce type d’initiative entrera forcément dans le dispositif d’Equip Auto de Rimco Motors et du groupe Yeshi si celui-ci décide d’y prendre part (ce qui n’était pas encore acté au moment de notre entretien, fin juin).

Une initiative trop prématurée ?

L’avis de notre témoin ne peut toutefois pas être généralisé. Car sur le terrain, aussi exaltant soit-il, ce projet de salon laisse certains songeurs. Loin d’y voir un désintérêt, Anis Belkout, directeur commercial et marketing de Tradex et spécialiste du marché local, met davantage en exergue un timing, selon lui, inopportun. « Bien que les marchés africains de l’automobile et des mobilités affichent une excellente dynamique, portée par le renouvellement du parc roulant, l’organisation de ce salon me paraît prématurée, développe-t-il. Aujourd’hui, le marché de l’aftermarket en Côte d’Ivoire reste dérégulé, voire anarchique, et massivement exposé à la contrefaçon. Bien qu’en constante expansion, celui-ci souffre d’un manque de structuration et reste pénalisé par une forte prolifération de pièces de contrefaçon, tandis que le parc roulant national est caractérisé par une nette prédominance des véhicules d’occasion. De plus, avec des réseaux de réparation non structurés, la priorité est ailleurs. » Une remarque qui rejoint le point de vue de Mehdi Chalane sur ce besoin de monter en compétences et de gagner en structuration. Pour son confrère Anis Belkout, un travail de sape doit également être mené auprès d’une autre cible stratégique du marché de l’après-vente. « Une transformation durable exige d’abord de structurer les réseaux de réparation et de moderniser les infrastructures routières, conditions sine qua non pour évaluer avec précision les besoins réels en maintenance et en équipements », affirme-t-il. Sans garantie à date de les retrouver, Equip Auto Côte d’Ivoire ambitionne d’accueillir des enseignes multimarques dans ses allées pour contribuer à cet effort collectif et offrir au marché de nouvelles perspectives de croissance.

Réguler le marché local

Dans ce contexte, le professionnel entend participer à ce mouvement en accompagnant « de nouveaux entrants pour introduire des concepts innovants, déjà éprouvés sur d’autres marchés africains. Ces solutions concrètes permettront d’accélérer la structuration de l’aftermarket, tout en s’adaptant parfaitement aux spécificités et aux exigences de la demande locale. Dans les grands centres urbains, l’offre commence néanmoins à se structurer autour des réseaux de concessionnaires officiels et des importateurs indépendants. Face à cela, la demande globale est en forte croissance, portée par un intérêt marqué pour les modèles d’origine asiatique. » Un avis divergent, certes, mais intéressant à l’heure d’aborder un virage stratégique pour la rechange locale. Le cadre de Tradex craint qu’en l’absence d’une réelle volonté de réguler le marché de la pièce détachée, notamment par un contrôle plus strict des importations transfrontalières, ce projet de salon ne périclite très vite. « Les grands acteurs internationaux peineront à positionner durablement les produits de qualité et les pièces d’origine » sur ce marché, estime-t-il. « Une réflexion stratégique de la part des hautes autorités du secteur est indispensable pour amorcer une véritable transformation du marché automobile » conclut Anis Belkout. Rendez-vous dans quelques mois pour faire le bilan.

Rédaction
Rédactionhttps://www.maghreb-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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