Particulièrement actif dans le secteur de la politique économique de la Tunisie, par passion et engagement personnel, Khelil Chaibi se montre un observateur également avisé dans le domaine de l’automobile, dont il est l’un des acteurs reconnus en Tunisie, tant dans la distribution de pièces que de voitures, ou de représentation de grandes marques d’équipementiers internationaux sans compter les domaines des engins et plus généralement de la mobilité. Un interlocuteur privilégié dont Tunisie Rechange a eu l’honneur d’obtenir une interview. Extraits.
En tant que Président du Groupe UTIC, dont la multitude d’activités semblerait à bien des managers une mission impossible, vous vous impliquez toujours davantage dans la vie économique de votre pays. Pour quelles raisons ?
J’ai commencé à travailler en 1992 et, depuis, je n’ai pas arrêté de m’investir dans les sociétés du Groupe. Alors que des élections se profilaient à la chambre de commerce et d’Industrie Tuniso-française dont j’étais déjà membre depuis plusieurs années, et qu’une opportunité de travailler pour mon pays m’était offerte, je me suis présenté. Après une présidence de 23 ans dans mon Groupe et près de trente ans consacrés à celui-ci, je voulais travailler pour le pays.
La nature des sujets vous était déjà connue ?
Je me suis toujours intéressé à la politique économique et je connaissais bien les enjeux d’une implication dans cette Chambre, parce que j’avais participé activement à l’activité en tant que membre. C’est pourquoi, j’ai pensé que s’il y avait un domaine dans lequel je pouvais apporter quelque chose à mon pays, c’était bien dans les affaires économiques de la Tunisie, surtout que la Présidence de la Chambre requérait quelqu’un de totalement investi. Ce qui m’allait parfaitement, d’autant qu’en étant membre depuis des années, j’avais quelques idées à mettre en avant notamment dans la promotion de l’image de la Tunisie. Cela a obtenu un résultat rapide et efficace puisque nous sommes passés de 1 500 abonnés à 70 000 abonnés en trois ans. Par voie de conséquence, la croissance du nombre d’abonnés et cette politique d’ouverture ont attiré de nouveaux sponsors et nous passés très vite à neuf sponsors pour atteindre aujourd’hui les 25. Nous en sommes arrivés à refuser des « candidatures » pour éviter de mettre en concurrence des acteurs d’un même secteur. Tout ce mouvement a permis de mettre en avant nos actions et a boosté notre activité !
Comment fait-on pour se donner à fond dans une CCI de cette importance tout en continuant â être aux manettes d’un grand groupe d’affaires ?
Au niveau des entreprises que je dirigeais, j’ai transmis l’ensemble de mes responsabilités aux directeurs généraux de chaque entité, ne gardant que la présidence du Conseil d’administration. Par ailleurs, je me suis entouré de quatre personnes dans le board, un directeur du développement de la communication et de la digitalisation, une directrice des ressources humaines, un contrôleur de gestion et une responsable projet. Je continue bien sûr à suivre les opérations, mais je ne gère plus le quotidien. Aujourd’hui, entre la CCITF et l’ICC, 80 % de mon temps est pris.
Que représente l’ICC ?
L’ICC ou International Chamber of Commerce Tunisia représente quelque 40 millions de membres et dispose d’un siège à l’ONU. Son action porte sur tous les aspects du commerce international comme l’indique sa base line “We make business work for everyone, every day, everywhere.” C’est captivant et particulièrement utile pour le développement du commerce et des partenariats commerciaux en Tunisie.
Lorsque vous sous êtes présenté, y avait-il urgence ?
L’urgence était là effectivement car, après le Covid, nous avons subi des années difficiles dont la transition démocratique a fait partie. Il faut rappeler que nous avons dû faire face à de très nombreux problèmes à commencer par les actes terroristes de 2015, qui ont mis à terre toutes les activités touristiques, puis nous avons supporté le Covid et ses conséquences lourdes au niveau de la population et de l’économie, jusqu’à maintenant, où le confit entre la Russie et l’Ukraine nous affecte à nouveau au niveau touristique, puisque de très nombreux visiteurs venus de ces pays passaient leurs vacances en Tunisie !
En dehors de l’engagement qui me tenait à cœur, je tiens à préciser que j’éprouve beaucoup de plaisir à participer aux activités de des organismes, je découvre un autre monde, je rencontre beaucoup de personnes et d’investisseurs. C’est enthousiasmant même si nous avons conscience des enjeux et des efforts qu’il faut accomplir pour obtenir des résultats.
Pourquoi avoir choisi la France plutôt que l’Allemagne qui semble mieux installée en Tunisie ?
Je note que nous avons un déficit de communication car c’est la France qui est bien mieux ancré dans le paysage tunisien. C’est le premier partenaire économique en Tunisie, le premier investisseur en Tunisie, le premier client de la Tunisie avec une balance excédentaire pour la Tunisie. A ceci il faut ajouter, que les premiers touristes du pays sont français avec un million de visiteurs par an. Du côté de l’activité économique, la France compte 1 500 entreprises françaises et/ou à participation française et offre plus de 150 000 emplois. L’Allemagne communique sans doute plus que nous, il faudra y remédier !
Qu’offre la Tunisie qui intéresse les investisseurs ?
Notons tout d’abord que les investissements directs étrangers sont en hausse en Tunisie et en croissance continue. Ce qui appelle l’investissement s’énonce aisément, tout d’abord sa situation géographique et la qualité et la compétitivité de sa main d’œuvre. La qualité de nos ingénieurs n’est plus à prouver, en atteste le recrutement de nombre d’entre eux de la part des pays européens. Mais ce n’est pas tout. La Tunisie bénéficie des accords signés avec la communauté européenne qui facilite les échanges et les favorise, et, parallèlement, elle jouit de nombreux accords avec les pays africains. Produire ici comprend beaucoup d’atouts qui ne sont pas encore suffisamment bien exploités. Le potentiel est là et nous travaillons à le mettre en lumière.
* Khelil Chaibi, Président du Groupe UTIC – Président CCI Tuniso Française (Chambre de Commerce et d’Industrie Tunisie Française- Président ICC Tunisia* (International Chamber of Commerce Tunisia)
Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans votre numéro de Tunisie Rechange N° 10









