« Ce n’est pas le prix qu’il faut regarder, c’est le coût », Adil Raïs

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Président de Siprof et de Plastex et engagé dans la promotion du « Made in Morocco », Adil Raïs se montrait un brin désabusé lors de notre rencontre sur Automechanika Istanbul, désabusé et pessimiste au regard de la situation économique mondiale et de la façon de l’aborder des grands opérateurs européens, notamment.

Présent pendant tout le salon sur les stands de Siprof et de Plastex du Pavillon Marocain, Adil Raïs enchaînait les entretiens qu’il a interrompus l’espace d’un échange avec Rechange Maroc qui l’a écouté, comme à l’accoutumée, avec plaisir, même si, cette fois, le morose l’emportait sur le conquérant. Nonobstant son humeur, et fidèle à son esprit critique, Adil Raïs nous a livré un état des lieux volontiers lucide après un préalable nécessaire : « Je refuse la politique, ce n’est pas mon domaine, ce n’est pas pour moi ». Son analyse pourtant, pourrait servir d’arguments à nombre de politiques, écoutons plutôt : « La situation internationale se dégrade et nous revivons une période que nous avions déjà oubliée. Les problèmes logistiques reviennent, quasiment les mêmes que nous avons vécus pendant le Covid, à savoir les délais qui se rallongent, et le coût des matières premières qui explose à nouveau. Par ailleurs, l’instabilité politique qui impacte le commerce international accentue la situation compliquée que nous vivons, alors que nous sommes au cœur de mutations très fortes, auxquelles la transition énergétique, la question environnementale et l’électrique participent fortement. Une période difficile et pas forcément de visibilité brouillent les cartes. Il suffit de prendre la question du véhicule électrique, par exemple, où l’on voit les ventes baisser parce que la technologie n’apparaît pas rassurante aux yeux du grand public pour s’en rendre compte. »

Pas de leçon du passé…

Alors qu’on proteste en évoquant le fait que la crise du Covid nous a enseigné beaucoup de choses, notamment sur la nécessité de rapprocher les industries nécessaires à nos marchés, la réponse d’Adil Raïs n’est guère réconfortante ou appelle à un revirement… « L’être humain oublie très vite ce qui s’est passé, dès qu’une situation change et on oublie les décisions que l’on a décidé de prendre pendant la période de crise. On a beaucoup parlé de la nécessité de rapprocher les chaînes logistiques pendant et juste après la crise du Covid. Et sitôt, la situation redevenue « normale », on revient à une problématique de prix ! Sincèrement, faut-il qu’on aille dans le mur pour prendre les mesures nécessaires, faut-il que l’on soit quasi mort pour que l’on change ! Les crises passagères ne constituent visiblement pas un moyen de changer les problèmes de l’être humain. On pense toujours qu’on peut revenir à ce que l’on faisait avant le Covid ! Je suis déçu par le non-respect des grands opérateurs internationaux et surtout des européens, concernant la nécessité d’ouvrir la porte à de nouveaux partenaires, à réduire les chaînes logistiques, à rapprocher les sources de fabrication et d’approvisionnement… Finalement, tout est pareil, les livraisons sont retardées et le frêt explose à nouveau ! Pourtant le Maroc peut proposer des solutions, des cadres qui soient appropriés mais ce sont les grands groupes internationaux qui prennent les décisions… Il n’est question que du côté négatif de l’émigration quand celle-ci peut résoudre l’un des grands problèmes de l’Europe, celui des Ressources Humaines. L’Europe vieillit, son industrie s’étiole, alors que l’on a des ressources humaines disponibles dans nos pays, juste à côté. Au lieu d’en bénéficier les groupes européens préfèrent à nouveau acheter en Inde ou en Chine parce que c’est moins cher plutôt que de localiser au Maroc. Ce n’est pas le prix qu’il faut regarder, mais le coût ! Or le coût des matières premières, des matériaux, de la logistique, de l’énergie continue de croître alors que l’on n’a aucune prise sur eux. Il faut penser à un coût stratégique ! Dans le prolongement de ce constat, il faut retenir que la prochaine crise de croissance en Europe sera à imputer aux ressources humaines. L’intelligence artificielle accomplira des tâches mais ne remplacera pas les hommes. Le retour de bâton sera violent, car si on ne change pas, on ne pourra pas évoluer. Je reconnais un certain pessimisme de ma part, parce c’est ce que je vis et parce que je constate s’il n’y a pas de changement majeur et de mutation majeure qui nous permette d’aller dans le bon sens. »

Retrouvez l’intégralité de cet article dans notre numéro de Rechange Maroc

Hervé Daigueperce
Hervé Daiguepercehttps://www.maghreb-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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