L’évasion dangereuse du plomb algérien

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Procurant des mannes financières à des opérateurs à court terme et à l’Etat en devises, l’exportation du plomb retiré des batteries mortes fait peser de sombres menaces sur l’industrie de la batterie en Algérie.

Sur EQUIP AUTO Algérie, du côté des fabricants nationaux de batteries, l’heure était alarmiste, le plomb des batteries de récupération étant en train de couler hors du pays, emmenant avec lui la compétitivité des industriels algériens et avec eux une activité pourvoyeuse d’emplois, de devises, d’investissements … et de rêves de sous-traitance des constructeurs. Comme le bruissement de l’aile d’un papillon en Asie peut avoir des répercussions sur le climat en Afrique (l’image est osée, j’en suis conscient), la bonne idée de gagner des devises grâce à l’export du plomb se retourne façon boomerang sur le pays, causant beaucoup plus de dégâts en devises – semble-t-il – que ce que cela rapporte en laissant le plomb s’évader. Explications.

S’il existe une industrie dans le domaine de l’automobile qui arrive à bien tirer son épingle du jeu, c’est la production de batteries. Jusqu’à présent, une douzaine de fabricants se partageaient le marché en batteries courantes quand les importations de batteries « technologiques » s’emparaient de l’autre grande partie du marché. Depuis quelques années, deux ou trois producteurs algériens se sont développés et proposent des batteries dernière génération pour le VL, le PL ou la moto. Certes, il reste encore des batteries qu’ils ne fabriquent pas parce que trop peu de véhicules en ont besoin sur le marché algérien, ou parce que les importateurs sont très bien représentés sur certaines références, mais lorsque les volumes seront là, ces batteries sortiront made in Algeria de la même façon. Les investissements de ces producteurs avisés ont été très lourds pour assurer la compétitivité en plus de la qualité au marché. Et dans cette stratégie, il est impératif de réussir son intégration locale, d’où des efforts complémentaires en recyclage du plomb et des plastiques. Chez Fabcom, l’intégration locale atteint les 90 % et chez FrictionTec on s’y emploie et on n’en est pas loin. Encore faut-il récupérer le plomb des batteries collectées dans le pays pour pouvoir le recycler et l’utiliser pour les nouvelles batteries. Simple.

Seulement, aujourd’hui, d’autres acteurs trouvent encore plus simple de récupérer le plomb collecté et de le vendre à un bon prix en Europe. Ces acteurs sont très bien rémunérés pour un travail de négoce qui ne fournit que peu d’emplois au pays, mais cela ne semble pas être leur priorité – la loi du commerce… En plus, ils croient faire du bien au commerce extérieur en ramenant des devises. Les conséquences de ce commerce sont aussi simples : le prix du plomb collecté en Algérie a fait un bon de 30 % en quelques mois, les producteurs locaux ont de plus en plus de mal à s’en procurer et puisent dans les stocks existants. Autres effets indésirables, les prix de la batterie algérienne vont monter et poser des problèmes aux ménages algériens qui n’ont pas besoin de cela parmi toutes les augmentations liées aux hausses des coûts des matières premières dans le monde entier !

A terme, la production nationale qui approchait de l’autonomie, va perdre de sa compétitivité et subir un coup d’arrêt qui pourra être fatal à cette industrie que l’on montrait en exemple pour son taux d’intégration locale.

Il est véritablement urgent d’intervenir pour que le plomb récupéré en Algérie y reste et soit utilisé à la production de batteries algériennes. C’est aussi simple que cela. Les producteurs de batteries placent tous leurs espoirs dans une décision des pouvoirs publics allant dans ce sens.

Hervé Daigueperce
Hervé Daiguepercehttps://www.maghreb-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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