Directeur du salon EQUIP AUTO ALGER depuis 2006, Nabil Bey Boumezrag a vécu bien des situations inédites, étonnantes et même parfois très inquiétantes. Ou drôles ! A chaque fois, des solutions ont été trouvées, c’est le lot habituel des organisateurs de salons. Pour la question de la contrefaçon, il maîtrise bien le sujet et nous explique comment cela fonctionne chez lui. Echos.
« La contrefaçon a beaucoup baissé ces dernières années et ce pour différentes raisons. Cela ne nous empêche pas d’être vigilant et je dois reconnaître que les dispositifs que nous avons mis en place il y a longtemps fonctionnent » commence Nabil Bey Boumezrag qui enchaîne avec nos questions sur l’amont du salon : « Les exposants chinois ont toujours généré la crainte des autres exposants, -alors que la contrefaçon vient de très nombreux pays du monde y compris de l’Europe – parce que le pays était trop éloigné, inconnu et qu’il laissait passer nombre de pièces contrefaites chez nous. Dans le cadre du salon, nous avons réussi à nous dédouaner de ce handicap grâce à un partenariat avec un agent chinois, responsable exclusif des exposants de ce pays. C’est lui qui choisit d’agréer tel ou tel exposant, qui veille à la respectabilité de l’équipementier chinois et qui ouvre et ferme les portes. Nous sommes conscients que, seuls, nous ne pouvons évaluer telle ou telle pièce et dire que celle-ci est bonne ou mauvaise, tout simplement parce que ce n’est pas notre métier. En revanche, en nous appuyant sur les compétences d’un expert chinois – et cela est valable dans d’autres pays – nous sommes assurés de la légitimité de l’exposant chinois ou autre à exposer chez nous. Notre agent les connaît bien, sait où sont fabriquées les pièces et ne se risquerait pas à introduire un nouvel équipementier sans mener son enquête. Sa responsabilité est engagée. »
Cependant, Nabil Bey Boumezrag nous met en garde contre des raccourcis hasardeux : « Nos exposants chinois savent combien il peut être dangereux pour eux de venir exposer des pièces contrefaites. Nous sommes plutôt durs et sans concessions à ce sujet et ils le savent. D’ailleurs, comme tout exposant, ils doivent signer leur accord sur nos conditions générales de ventes qui stipulent que le non-respect des lois algériennes en la matière serait sanctionné par nos autorités légales. Ainsi, nous n’avons pas eu de soucis de ce côté, les acteurs chinois ayant été très bien briefés. Ce qu’il convient d’ajouter, c’est qu’aujourd’hui, les chinois que nous recevons sont non seulement connus, mais participent du développement du pays. Il ne s’agit plus de se prononcer sur des tarifs très bas, sur une qualité moindre, mais de voir ce qu’ils représentent dans un pays dont 80 % des agréments de marques d’importation de véhicules concernent des véhicules chinois ! Et qui dit constructeurs chinois, dit pièces chinoises et fournisseurs chinois. Nous devons faire avec cette nouvelle donne et comprendre que dans les équipementiers qui exposent, il y a des équipementiers première monte de Chine, que la Chine est devenue le plus gros producteur de véhicules. Notre regard doit changer et les importateurs de pièces algériens le savent très bien. Cela ne nous empêche pas d’être aussi rigoureux qu’avant, mais les dossiers de participation sont beaucoup plus lisibles aujourd’hui pour nous. » Par ailleurs, si les chinois sont stigmatisés, il faut rappeler que les pays producteurs de contrefaçon sont légion, il en vient de nombreux pays asiatiques autres que la Chine, de Turquie, des pays d’Europe de l’Est et aussi de pays en -stan, etc. Hélas, la contrefaçon est un mal mondial et global ! »
L’Etat et les douanes en premiers défenseurs des professionnels
Lorsqu’on demande à Nabil Bey Boumezrag si les nouvelles réglementations de l’administration en vigueur quant à l’importation des pièces, contribuent à assainir le marché, ses réponses sont sans ambiguïté : « Les actions de l’Etat algérien contre la contrefaçon ont considérablement réduit l’entrée des produits contrefaits dans notre pays. Les contrefacteurs ont peur aujourd’hui et fuient nos salons. Il est clair qu’Algex en bloquant toutes les demandes d’importation pour examen ont réduit à néant les « faiseurs de coups » et les pseudos importateurs de pièces. Bien sûr, les professionnels sans taches subissent cette « protection » indirecte et aimeraient un certain assouplissement, mais dans les faits, la contrefaçon a reculé. De la même façon, les douanes ont travaillé très fortement à bloquer les importations illicites. Le résultat est que nous n’avons plus besoin de les inviter sur le salon. En effet, nous avions coutume de leur allouer un stand qui leur permettait d’expliquer leur rôle mais aussi de faire un tour complet du salon sur tous les stands pour contrôler les origines des produits. Ce n’est plus nécessaire aujourd’hui parce que le travail est effectué en amont. Bien sûr, nous manquons de statistiques pour affirmer le taux de recul de la contrefaçon, mais c’est ce qui ressort aujourd’hui des commentaires des professionnels et des autorités ».
Agir contre la malfaçon est le nouveau défi
Pour le directeur d’Equip Auto Alger, si les pouvoirs publics ont bien fait régresser la contrefaçon, il convient maintenant de s’intéresser à la malfaçon qui sévit dans le pays. « Pour obtenir des prix plus bas, les algériens acceptent des offres tarifaires alléchantes pour des produits non contrefaits. Ce qu’ils ne savent pas c’est que nombre de produits circulant ne leur apporte pas la sécurité ou tout simplement la performance des pièces qui sont montées sur le véhicule. Curieusement, il en vient aussi d’Europe, ce qui contribue à accentuer le problème. Il faudrait peut-être, avec le concours des douanes, ou d’un département de l’Etat, prévoir des contrôles qualité effectués par des laboratoires indépendants, qui agiraient en amont et permettraient de bloquer l’importation de pièces mal faites. De plus en plus, les algériens rejettent les contrefaçons qu’ils jugent, à juste titre, dangereuses, mais il faut maintenant les renseigner sur les bonnes et les mauvaises pièces. Les revendeurs eux-mêmes prennent beaucoup plus de précautions pour éviter de vendre des produits qui risquent leur revenir ou causer des catastrophes mécaniques ou même humaines. C’est pourquoi, les contrefacteurs se font refouler à ce niveau. Les mercenaires sont évacués et les vrais professionnels restent solides. »
Les sanctions peuvent être lourdes et venir de partout…
« Nous avons les précautions en amont, les actions de l’Etat et des douanes mais l’un des contrôles les plus efficaces reste le distributeur officiel lui-même ! L’importateur, en effet, connaît très bien les pièces et peut déterminer lesquelles sont frauduleuses. S’il en voit sur le salon, l’information circule immédiatement dans le salon et si le représentant de la marque est là, il nous demande immédiatement de l’aider. Dans ce cas, nous allons constater et assister à la démonstration de la preuve, à la suite de quoi nous fermons le stand. A ce moment-là, le propriétaire de la marque et lui seul (ou son mandataire désigné) porte plainte et nous l’aidons si besoin en lui indiquant où aller pour le faire. En aucun cas, nous ne pouvons le faire pour lui, de même que nous ne sommes pas habilités à désigner comme frauduleux tel ou tel produit. Mais nous pouvons apporter notre concours. C’est ainsi, qu’il y a plusieurs années, un exposant s’est fait prendre à présenter des pièces contrefaites. Or sur le salon, le représentant coréen propriétaire de la marque était là et nous a fait remonter immédiatement l’information. Nous avons fait fermer le stand et le coréen propriétaire a déposé plainte tout de suite auprès des autorités algériennes, qui ont pu agir parce qu’ils avaient le bon interlocuteur. C’est pourquoi, là aussi, je regrette le manque de représentation officielle des équipementiers européens qui pourraient épauler et soutenir leurs distributeurs contre les escrocs quels qu’il soient, en étant dépositaire du droit de la marque. Pour clore ce sujet, nous avons eu des cas dans le temps, mais cela est fini depuis longtemps. Je ne résiste pas à citer cette anecdote qui met en présence trois exposants ayant pris le risque de présenter des produits contrefaits. Lorsque nous avons fait le tour du salon d’avant ouverture avec la Douane, ils se sont sauvés et ont laissé les stands comme ils étaient. Nous sommes réputés pour être intransigeants, pour ne pas hésiter à fermer les stands et à prévenir les autorités concernées si bien que la tentation diminue ! »
L’autre forme de contrefaçon
Pièces contrefaites, marques copiées, packagings trompeurs… les malfaiteurs ont une puissante imagination. Et il existe une contrefaçon qui n’en est pas vraiment une mais qui est considérée comme telle par les constructeurs d’automobiles. Il est, en effet, interdit de mettre des logos de marques ou des noms de marque sur son stand au risque de voir son stand devoir revoir sa décoration ! Vous pouvez écrire que vous commercialisez des pièces pour les véhicules Renault ou Volkswagen, mais vous ne pouvez pas apposer le logo seul de la marque qui pourrait laisser entendre que vous êtres un représentant de la marque qui vend des pièces Renault ou Volkswagen. Il faut mettre « Pièces pour véhicules Renault ou Volkswagen ». Une erreur aux conséquences potentiellement ennuyeuses et qui généraient la visite des avocats des marques ! « Cependant, confie Nabil Bey Boumezrag, là aussi, les professionnels ont pris conscience de cet état de fait. Pendant plusieurs années, nous avions sur le salon, un contrôleur de Renault (un avocat) qui venait faire enlever les logos et les marques. Il ne vient plus parce que ce n’est plus nécessaire. Les importateurs le savent et, de surcroît, Renault est exposant sur le salon et peut faire sa police tout seul ». Il faut bien savoir que l’organisateur d’un salon prend toutes les précautions pour protéger exposants et visiteurs mais qu’il n’est pas autorisé à traquer les contrefacteurs ou les producteurs de malfaçon. Ce rôle est réservé aux propriétaires des marques, souvent mis au courant par son importateur ».
La MDD, une solution ?
Nabil Bey Boumezrag, tout en reconnaissant n’être pas un expert de la pièce de rechange, s’avère un bon conseiller, un bon observateur, tant il a rencontré de professionnels de la PR. Pour lui, la MDD peut constituer une solution pour éradiquer encore plus la contrefaçon : « Tout le monde est conscient que les algériens ne recherchent pas la pièce de contrefaçon ou de malfaçon pour le plaisir. Ils la choisissent parce qu’ils n’ont pas les moyens d’avoir la pièce originale ou de qualité d’origine. C’est pourquoi, la MDD siglée du nom de l’importateur, du distributeur officiel peut jouer ce rôle d’offre plus attractive au niveau prix, tout en faisant bénéficier le client d’une bonne qualité. Les importateurs savent où chercher les bonnes pièces à bas coûts également mais eux connaissent les circuits et peuvent attester de la qualité des pièces, parce que leurs fournisseurs bien qu’en Chine ou en Turquie, approvisionnent les constructeurs automobiles ou les équipementiers d’origine. En s’adressant directement à eux, ils obtiennent des prix qui peuvent concurrencer les prix de la malfaçon et répondre au marché des petits prix. Qui plus est, les revendeurs et automobilistes peuvent être sûrs de la qualité quand la MDD vient d’un importateur reconnu qui ne se risquera pas à vendre n’importe quoi avec son nom. Sa réputation serait entachée et son affaire blacklistée. L’un des remparts contre la contrefaçon, outre la traçabilité, reste la garantie de la signature du professionnel reconnu ».
Hervé Daigueperce









