41 milliards d’euros d’exportations et une croissance toujours au rendez-vous
Président du conseil d’administration de l’OSS (Automotive Aftermarket Products and Services Association), Ali Özçete nous a accordé un entretien exclusif en marge d’Automechanika Istanbul. À travers son regard, c’est toute l’évolution de l’après-vente automobile turque qui se dessine, entre croissance des exportations, ambitions internationales et nouveaux défis économiques.
Dans l’industrie automobile turque, l’OSS fait figure d’institution. L’Automotive Aftermarket Products and Services Association représente une large partie des acteurs de l’après-vente du pays, des fabricants aux distributeurs en passant par les importateurs et les prestataires de services. À ce titre, l’organisation constitue l’un des meilleurs observatoires de l’évolution d’un secteur qui a profondément changé de dimension au cours des deux dernières décennies.
À la tête de l’association, Ali Özçete suit quotidiennement les transformations d’une industrie devenue l’un des moteurs de l’économie nationale. Pour lui, la Turquie ne doit plus être regardée uniquement à travers le prisme de ses usines d’assemblage ou de la présence des grands constructeurs internationaux. Une autre filière s’est développée en parallèle, jusqu’à devenir un pilier à part entière de l’activité industrielle du pays. « L’après-vente automobile est devenue l’une des forces de l’industrie turque », affirme-t-il sans détour.
Cette affirmation s’appuie sur une réalité économique difficile à ignorer. Au fil des années, la Turquie a construit un écosystème particulièrement dense autour de l’automobile. La présence de constructeurs comme Ford, Toyota, Renault ou Fiat a favorisé l’émergence de centaines d’équipementiers et de fabricants capables de répondre aux exigences de la première monte. Progressivement, nombre de ces entreprises ont également investi le marché indépendant de la rechange, créant ainsi un tissu industriel particulièrement compétitif.
« Nous disposons d’une industrie automobile très développée. De nombreuses entreprises produisent pour les constructeurs automobiles et commercialisent ensuite leurs produits sur le marché de l’après-vente », explique Ali Özçete.
Pour le président de l’OSS, cette proximité entre OEM et aftermarket constitue l’une des principales explications de la réussite turque. En travaillant aux standards des constructeurs, les industriels locaux ont progressivement acquis les compétences, les certifications et les capacités de production qui leur permettent aujourd’hui de s’imposer sur les marchés internationaux.
Une industrie tournée vers l’export
Cette montée en puissance ne s’est pas construite autour du seul marché domestique. Très tôt, les industriels turcs ont choisi de regarder vers l’extérieur, en particulier vers l’Europe.
L’histoire de l’automobile turque est d’ailleurs étroitement liée à celle du continent européen. Les véhicules les plus présents dans les catalogues aftermarket turcs sont majoritairement des modèles européens, tandis que les fabricants du pays entretiennent depuis longtemps des relations étroites avec les principaux réseaux et groupements de distribution du continent.
« Les fabricants turcs sont principalement orientés vers les véhicules européens. Nous travaillons avec les grands acteurs européens de l’après-vente et nous continuons à renforcer ces relations », souligne Ali Özçete.
Cette orientation a largement contribué à façonner les standards de qualité de l’industrie turque. Elle a également permis aux entreprises du pays d’acquérir une solide culture de l’exportation.
Aujourd’hui, les résultats parlent d’eux-mêmes. Selon les chiffres avancés par l’OSS, l’automobile constitue désormais le premier secteur exportateur de Turquie. Les exportations du secteur ont atteint près de 41 milliards d’euros l’année dernière, confirmant le rôle central de l’industrie automobile dans l’économie nationale.
La dynamique reste d’ailleurs positive malgré un environnement international plus incertain.
« Au premier trimestre 2026, les exportations ont progressé de 6,5% et se rapprochent déjà des 9 milliards d’euros », précise le président de l’association.
Sans surprise, l’Allemagne demeure le premier marché à l’export pour les industriels turcs, tandis que l’Europe reste la principale destination des produits fabriqués dans le pays. Une situation qui confirme la place particulière occupée par la Turquie dans les chaînes d’approvisionnement automobiles européennes.
Automechanika, miroir de la réussite turque
Dans les allées d’Automechanika Istanbul, cette évolution saute immédiatement aux yeux. Pour l’OSS, le salon ne constitue pas seulement un rendez-vous commercial. Il est devenu au fil des éditions la vitrine internationale d’une industrie qui cherche à affirmer sa place parmi les grands acteurs mondiaux de l’après-vente.
Ali Özçete voit d’ailleurs un parallèle évident entre le développement du salon et celui de la filière turque. « Depuis vingt-cinq ans, Automechanika accompagne la croissance de notre industrie. Le salon contribue à faire connaître les entreprises turques auprès des professionnels du monde entier », explique-t-il.
Pour de nombreuses entreprises locales, l’événement représente aujourd’hui une plateforme incontournable pour développer de nouveaux marchés, rencontrer des distributeurs internationaux et renforcer leur visibilité à l’export. Une fonction qui dépasse largement le simple cadre d’un salon professionnel.
Et aux yeux du président de l’OSS, l’importance d’Automechanika Istanbul continue de grandir. « Aujourd’hui, je considère qu’Automechanika Istanbul est devenue la deuxième manifestation la plus importante du réseau mondial Automechanika après Francfort », estime-t-il.
Une déclaration qui résume à elle seule les ambitions d’un secteur qui ne cesse de gagner en influence sur la scène internationale.
De nouvelles cartes à jouer dans un contexte mondial plus incertain
Si Ali Özçete affiche sa confiance dans les fondamentaux de l’industrie turque, il n’ignore pas pour autant les défis auxquels le secteur est aujourd’hui confronté. Comme la plupart des acteurs de l’automobile, les fabricants et distributeurs turcs évoluent dans un environnement marqué par les tensions géopolitiques, les incertitudes économiques et les fluctuations des matières premières.
Pour le président de l’OSS, ces facteurs influencent directement l’activité des entreprises. « L’un des principaux sujets de préoccupation concerne l’augmentation du coût de certaines matières premières et des produits dérivés du pétrole », explique-t-il.
Dans l’après-vente automobile, les conséquences sont nombreuses. Une grande partie des composants intègre du plastique, du caoutchouc ou d’autres matériaux dont les coûts restent étroitement liés aux marchés énergétiques. La hausse des prix se répercute donc progressivement sur l’ensemble de la chaîne de valeur, des fabricants jusqu’aux distributeurs.
À cela s’ajoute un contexte géopolitique particulièrement mouvant. Les conflits régionaux, les perturbations logistiques et les incertitudes qui touchent certaines zones du monde compliquent les échanges commerciaux et obligent les entreprises à faire preuve d’une plus grande capacité d’adaptation. « Nous espérons que les tensions actuelles n’auront pas d’impact durable sur les investissements et sur l’économie mondiale », confie Ali Özçete.
Pour autant, ces bouleversements ne sont pas uniquement perçus comme des menaces. Ils peuvent également créer de nouvelles opportunités pour les acteurs capables de réagir rapidement.
La Turquie veut profiter des recompositions du commerce international
Au fil des discussions organisées à Automechanika Istanbul, un constat revient régulièrement : les circuits traditionnels d’approvisionnement évoluent. Les entreprises cherchent à diversifier leurs sources d’achat, à sécuriser leurs chaînes logistiques et à réduire leur dépendance vis-à-vis de certaines zones géographiques. Dans ce contexte, la Turquie bénéficie d’atouts qui attirent de plus en plus l’attention.
Sa proximité avec l’Europe, sa capacité industrielle, sa position géographique entre plusieurs régions stratégiques et sa culture exportatrice en font une alternative crédible pour de nombreux acheteurs internationaux.
Ali Özçete estime que cette situation pourrait jouer en faveur des industriels turcs dans les années à venir. « Cette année, nous avons constaté que de nombreuses entreprises s’intéressent davantage à la Turquie pour leurs approvisionnements. Cela peut représenter une opportunité importante pour notre industrie », explique-t-il.
À Automechanika Istanbul, cette ouverture internationale est visible à chaque coin d’allée. Les visiteurs venus d’Europe, du Moyen-Orient, d’Afrique ou d’Asie cherchent à identifier de nouveaux partenaires capables de répondre à leurs besoins en matière de qualité, de réactivité et de compétitivité.
Pour l’OSS, cette évolution confirme la pertinence du modèle développé par la Turquie depuis plusieurs décennies : une industrie fortement intégrée aux standards internationaux, mais suffisamment flexible pour s’adapter aux évolutions du marché.
Quand la responsabilité devient le sujet central
Au-delà des considérations économiques, Ali Özçete observe également une évolution dans les préoccupations des professionnels présents à Automechanika Istanbul. Selon lui, le thème qui revient le plus souvent dans les conversations n’est pas uniquement celui de l’électrification ou de la transition énergétique. Il s’agit plus largement de la notion de responsabilité. « Aujourd’hui, tout le monde parle de responsabilité », explique-t-il.
Le terme recouvre plusieurs réalités. Bien sûr, il y a les questions environnementales qui occupent une place grandissante dans les stratégies industrielles. Mais pour le président de l’OSS, la responsabilité est également économique.
Les exposants investissent des sommes importantes pour participer aux salons internationaux. Les visiteurs consacrent du temps et des ressources à leurs déplacements. Les entreprises cherchent donc à maximiser le retour sur investissement de chaque action menée.
« Les visiteurs paient leurs déplacements, leurs hôtels et leurs billets d’avion. Les exposants investissent également beaucoup d’argent. Chacun cherche aujourd’hui à donner davantage de sens à ses investissements », résume-t-il.
Cette recherche d’efficacité se retrouve dans les stratégies des entreprises comme dans l’organisation même des grands rendez-vous internationaux du secteur. Automechanika Istanbul n’échappe pas à cette tendance. Plus qu’une vitrine, le salon est devenu un lieu où se prennent des décisions concrètes, où se construisent de nouveaux partenariats et où se dessinent les orientations futures de l’industrie.
L’OSS voit encore un fort potentiel de croissance
Malgré les incertitudes économiques qui pèsent sur l’industrie automobile mondiale, l’OSS reste convaincue que le secteur turc de l’après-vente dispose encore d’importantes marges de progression.
Pour Ali Özçete, les deux dernières années ont davantage ressemblé à une phase de transition qu’à un véritable ralentissement. L’activité ne s’est pas effondrée, mais la croissance spectaculaire observée auparavant a laissé place à une période de stabilisation.
« Ces deux dernières années, nous avons davantage connu une phase de stabilisation. Nous n’avons pas connu de recul significatif, mais la croissance n’a pas été aussi forte que par le passé », explique-t-il.
Cette situation n’inquiète toutefois pas particulièrement le président de l’OSS. Selon lui, les transformations actuellement à l’œuvre dans le commerce mondial pourraient même offrir à la Turquie de nouvelles perspectives de développement.
L’évolution des chaînes d’approvisionnement, la volonté de nombreux acheteurs de diversifier leurs sources d’approvisionnement et la recherche de partenaires industriels fiables créent aujourd’hui un environnement favorable aux fabricants turcs.
La proximité avec l’Europe, la capacité de production du pays et son expérience dans les métiers de l’automobile constituent autant d’atouts susceptibles de renforcer encore davantage sa position dans les années à venir. « Nous pensons que cette période de stabilisation touche à sa fin. Nous attendons une reprise de la croissance dans le futur », affirme Ali Özçete.
Un optimisme qui se retrouve chez de nombreux industriels présents à Automechanika Istanbul, où les discussions tournent déjà autour des prochains marchés à conquérir et des opportunités qui pourraient émerger dans différentes régions du monde.
Plus qu’un salon, un outil de rayonnement international
Pour l’OSS, Automechanika Istanbul joue un rôle qui dépasse largement celui d’une simple exposition commerciale. L’événement est devenu au fil des années l’un des principaux leviers de visibilité de l’industrie turque de l’après-vente. Il permet aux fabricants locaux de rencontrer des clients venus du monde entier, mais aussi de démontrer la maturité atteinte par l’ensemble de l’écosystème.
À travers le salon, c’est finalement toute la chaîne de valeur automobile turque qui se met en scène : fabricants de pièces, équipementiers, distributeurs, fournisseurs de services, spécialistes de la logistique ou encore entreprises technologiques. Pour l’OSS, cette visibilité est essentielle.
Dans un secteur où la confiance, la qualité et la capacité à livrer jouent un rôle déterminant, la possibilité de rencontrer physiquement les décideurs reste un avantage considérable. Automechanika Istanbul permet précisément de créer ce lien direct entre les industriels turcs et leurs partenaires potentiels.
L’événement contribue également à renforcer l’image de la Turquie comme plateforme stratégique pour l’automobile et l’après-vente, à un moment où les équilibres mondiaux continuent d’évoluer.
L’après-vente turque veut changer de dimension
Au fil de l’entretien, une idée revient constamment dans le discours d’Ali Özçete : l’après-vente automobile turque ne se contente plus d’accompagner le développement industriel du pays. Elle cherche désormais à s’imposer comme l’un de ses moteurs.
Les chiffres d’exportation, l’internationalisation croissante des entreprises locales et le développement d’Automechanika Istanbul montrent l’ampleur de cette ambition. Mais pour le président de l’OSS, la véritable force du secteur réside avant tout dans sa capacité d’adaptation.
Depuis plusieurs décennies, les industriels turcs ont appris à évoluer dans un environnement concurrentiel, à répondre aux exigences des marchés internationaux et à s’ajuster rapidement aux nouvelles réalités économiques. Cette agilité constitue aujourd’hui l’un de leurs principaux avantages. « L’après-vente automobile est devenue l’une des forces de l’industrie turque », rappelle Ali Özçete. Une formule qui résume parfaitement la trajectoire parcourue par le secteur.
Longtemps perçue comme un prolongement de la première monte, l’activité aftermarket s’est progressivement imposée comme une industrie à part entière, capable de générer des milliards d’euros d’exportations, de soutenir des milliers d’entreprises et de contribuer directement au rayonnement industriel du pays.
À écouter le président de l’OSS, cette histoire est encore loin d’être terminée. Et dans les allées d’Automechanika Istanbul, où se croisent chaque année des professionnels venus des quatre coins du monde, nombreux sont ceux qui semblent partager cette conviction.
OSS : la voix de l’après-vente automobile turque
Fondée en 1995, l’OSS (Automotive Aftermarket Products and Services Association) est aujourd’hui la principale organisation représentant les acteurs de l’après-vente automobile en Turquie. L’association rassemble fabricants, équipementiers, distributeurs, importateurs et prestataires de services avec un objectif commun : accompagner le développement du marché aftermarket turc et renforcer sa compétitivité à l’international.
Au fil des années, l’organisation s’est imposée comme l’un des interlocuteurs de référence du secteur. Membre de la FIGIEFA, la fédération européenne de l’après-vente automobile, l’OSS participe également aux réflexions menées à l’échelle continentale sur la concurrence, l’accès aux données des véhicules, l’évolution de la réglementation ou encore les transformations liées à l’électrification du parc automobile.
L’association revendique aujourd’hui plus de 250 entreprises membres, représentant près de 100.000 emplois et plusieurs milliards de dollars d’activité. Elle constitue ainsi l’un des principaux réseaux professionnels de l’industrie automobile turque.
Ces dernières années, l’OSS a également renforcé son rôle d’animation de la filière. L’association organise régulièrement des conférences, des études sectorielles, des programmes de formation ainsi que l’Aftermarket Summit (AFM), présenté comme le premier grand sommet turc consacré à l’après-vente automobile. L’édition AFM’25 a réuni fabricants, distributeurs, équipementiers et experts internationaux autour des grands défis du secteur.
Parmi les sujets aujourd’hui suivis de près par l’organisation figurent la transition vers le véhicule électrique, la digitalisation des activités aftermarket, l’automatisation industrielle, l’utilisation croissante de la robotique et les conséquences de ces évolutions sur les chaînes d’approvisionnement. Ali Özçete lui-même a récemment souligné l’importance pour les entreprises de se préparer aux besoins futurs liés aux véhicules électriques et autonomes.
À travers ses travaux, l’OSS cherche ainsi à positionner l’après-vente automobile turque comme un acteur de plus en plus influent sur la scène internationale, tout en accompagnant les entreprises dans les mutations technologiques et économiques qui redessinent actuellement le secteur.
Abdellah Khalil








