Saad El Younsi — directeur général, SCAPIR – 27 ans
Présentez-nous votre entreprise
SCAPIR, Société Casablancaise de Pièces de Rechange, est un acteur incontournable de la distribution de pièces détachées automobiles et poids lourds au Maroc depuis 1987. Basée à Casablanca, l’entreprise propose plus de 35.000 références couvrant les voitures légères, les utilitaires et les poids lourds, avec des marques partenaires de premier plan comme Bosch, MAHLE, Sachs, Valeo, etc. Grâce à un entrepôt de 10.000 mètres carrés, nous assurons une disponibilité constante et des délais de livraison optimisés sur l’ensemble du territoire national.
Vos principales fonctions ?
Je pilote l’ensemble des activités du groupe : stratégie commerciale, gestion opérationnelle, développement des partenariats fournisseurs et modernisation des outils internes. Mais je tiens à préciser que je reste très présent sur le terrain commercial, que je pratique encore énormément moi-même. C’est une conviction profonde : un gérant qui ne vend plus finit par perdre le contact avec la réalité du marché.
Depuis quand êtes-vous dans l’entreprise et quel a été votre parcours ?
J’ai rejoint SCAPIR officiellement en 2022, d’abord en collaboration étroite avec mon père pendant deux ans, avant de prendre la direction générale en juillet 2024. Mais mon parcours a commencé bien avant les chiffres et les réunions stratégiques : il a débuté au comptoir. J’ai voulu apprendre le métier par le bas, comprendre techniquement la pièce de rechange, parler le même langage que les équipes et les clients. C’est ce qui fait de moi aujourd’hui un manager technique, et j’en suis particulièrement fier.
Avez-vous été immergé très tôt dans l’entreprise ?
Oui, j’accompagnais mon père pendant les vacances étant enfant. Mais je serais malhonnête de dire que j’avais une passion immédiate pour le secteur. C’est en rentrant de Londres, en mettant les mains dans le cambouis au sens figuré, que quelque chose s’est déclenché. La pièce de rechange, la mécanique, l’automobile… j’ai développé une vraie passion, construite sur l’apprentissage et la technicité. Et c’est cette passion-là, acquise plutôt qu’héritée, qui donne aujourd’hui tout son sens à mon engagement.
Avez-vous toujours voulu rejoindre l’entreprise familiale ? Choix de tradition ou envie personnelle ?
Mon père m’a laissé le choix, totalement et sincèrement. Reprendre SCAPIR n’était pas une obligation, c’était une décision libre. Et c’est précisément pour ça que reprendre le flambeau représente pour moi la plus belle fierté. On s’attache bien plus à ce qu’on choisit qu’à ce qu’on subit.
Quelles études avez-vous suivies ?
Après un Bac en sciences économiques et sociales, j’ai effectué quatre ans d’études supérieures à Londres, où j’ai obtenu un Bachelor en finance et entreprise. Une formation qui m’a apporté une vision analytique et managériale solide, mais c’est le terrain, chez SCAPIR, qui m’a vraiment formé.
Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier ?
Le contact humain, sans hésitation. Ce métier, c’est avant tout des relations, avec les équipes, les clients, les fournisseurs. Et puis il y a cette dimension technique qui me passionne : comprendre la pièce, connaître ses applications, être capable d’avoir une vraie conversation technique avec un mécanicien ou un chef de parc. C’est cette combinaison — la proximité humaine et l’expertise technique — qui rend ce métier addictif.
Comment définissez-vous le manager d’aujourd’hui ? Quelle différence avec les générations précédentes ?
Le manager d’aujourd’hui doit être hybride : à la fois stratège et opérationnel, analytique et humain, connecté aux outils digitaux sans perdre l’instinct du terrain. La grande différence avec les générations précédentes, c’est peut-être la vitesse d’adaptation. Mon père a construit SCAPIR avec une vision long terme remarquable. Ma génération doit faire la même chose, mais dans un environnement qui change bien plus vite. Ce n’est pas mieux ou moins bien, c’est complémentaire.
Quels conseils de vos aînés vous marquent le plus ?
Mon père m’a toujours dit que la confiance se gagne lentement et se perd rapidement. Dans un secteur aussi relationnel que la rechange automobile, c’est une vérité absolue. Je l’applique chaque jour, que ce soit avec un fournisseur historique ou un nouveau client.
Quelle a été votre décision la plus difficile ?
Honnêtement ? Choisir entre le café et le thé le matin, haha. Plus sérieusement, je n’ai pas de décision traumatisante à raconter et j’en suis presque gêné pour la dramaturgie de cet article. Les choix importants, je les ai abordés avec méthode, avec mon père et mon maître autour de la table. Peut-être que la vraie décision difficile, c’est celle que je n’ai pas encore eu à prendre.
Avez-vous connu des échecs ?
Pas d’échec majeur à confesser, mais des leçons, oui, constamment. Je préfère d’ailleurs ce mot : une leçon implique qu’on a appris quelque chose, qu’on en est ressorti plus fort. Un échec, ça sonne comme une fin. Chez moi, rien n’est jamais une fin.
Être jeune dirigeant change-t-il votre relation avec équipes, clients ou fournisseurs ?
Inévitablement. Au début, certains vous regardent avec une curiosité bienveillante, ou parfois moins bienveillante. Mais j’ai toujours cru que la crédibilité se prouve, pas se réclame. Avec les équipes, je suis très proche, accessible, je connais les sujets de terrain. Avec les clients et fournisseurs, je m’appuie sur une conviction forte : un bon partenaire commercial, ce n’est pas quelqu’un qui vous vend un produit, c’est quelqu’un qui comprend votre business, anticipe vos besoins et est là quand ça coince. C’est exactement comme ça que je conçois mes relations, des deux côtés du bureau.
Les nouvelles technologies ont-elles facilité votre place ?
Largement. Et 2026 marque un tournant majeur pour SCAPIR. Nous avons migré vers un nouvel ERP, développé notre propre plateforme B2B — 8 mois de développement, la plus performante et la plus sécurisée du marché à ce jour — et intégré l’IA dans notre pilotage business. Ce ne sont pas des gadgets : ce sont des outils qui nous permettent de servir nos clients mieux, plus vite, et de prendre de meilleures décisions. Ma génération a grandi avec ces technologies, les utiliser au service d’une entreprise comme SCAPIR, c’est naturel.
Vos compétences complètent-elles celles des générations précédentes ?
Absolument. Mon père a bâti SCAPIR sur des fondations solides : la confiance, le réseau, la connaissance profonde du marché marocain. J’apporte la dimension digitale, l’analyse data, une vision internationale nourrie par mes années à Londres. Ce n’est pas une rupture : c’est une continuité enrichie.
Sans ces technologies, seriez-vous à ce poste ?
Probablement oui, mais SCAPIR ne serait pas la même entreprise. Les technologies ne m’ont pas mis à ce poste, c’est la passion et le travail qui l’ont fait. En revanche, elles nous permettent d’être compétitifs dans un marché qui évolue très vite.
Votre vision de l’avenir du secteur ?
Le secteur de la rechange automobile au Maroc est en pleine mutation. La professionnalisation s’accélère, les exigences de qualité et de traçabilité augmentent, et l’essor du véhicule électrique va progressivement reconfigurer les gammes de pièces. Les acteurs qui survivront sont ceux qui auront investi dans la qualité, le digital et la relation client. SCAPIR se positionne clairement dans cette trajectoire.
Envisagez-vous des diversifications ?
C’est une réflexion permanente. Sans pouvoir tout dévoiler, nous regardons attentivement les opportunités qui s’alignent avec notre ADN : la qualité, la technicité, le service. Rien ne se fera hors de cette logique.
Vos hobbies ?
La musculation, qui m’aide à maintenir la rigueur et la discipline que j’applique aussi dans le travail. Et bien sûr, le sport automobile : difficile de ne pas avoir ce virus quand on baigne dans l’univers de l’automobile depuis l’enfance.
Votre voiture préférée ?
Elle est bâchée dans mon garage en ce moment. C’est une Porsche 992 GT3 Weissach. Pour ceux qui ne connaissent pas : c’est la version la plus radicale de la 911, avec un moteur atmosphérique de 510 ch qui monte à 9.000 tr/min. Un anachronisme magnifique à l’ère du tout-électrique.









