Que cette terminologie se concentre sur les camions chez certains ou qu’elle englobe aussi les engins agricoles ou de travaux publics chez d’autres, la pièce industrielle concentre de grands espoirs au sein des principaux acteurs de l’aftermarket. Marché en pleine mutation, avec un potentiel de croissance avéré au Maghreb et une concurrence exotique encore limitée, celui-ci constitue assurément une poule aux œufs d’or pour les équipementiers.
Ne cherchez plus le chouchou ! Si le véhicule léger a longtemps fait figure d’enfant prodige, rayonnant large et rapportant gros, ses atermoiements à savoir ce qu’il voulait devenir et les doutes nés de ses choix de carrière l’ont relégué au second rang. Ainsi va la vie dans la grande famille de l’automobile. Celle-ci a trouvé son nouveau champion et ne cesse de lui faire des yeux doux. Un sacré bouleversement pour le véhicule industriel. Longtemps décrié par certains ou ignoré par d’autres, celui-ci est devenu depuis plusieurs années un enjeu majeur eu égard aux atouts qu’il porte en lui. Depuis quand précisément ? Difficile à dire. Dans le monde de l’après-vente, quelques groupes en sont encore à se demander s’il faut y aller. Mais, pour la plupart, le choix est déjà fait. Ces cinq, dix ou vingt dernières années, les équipementiers n’ont cessé d’intensifier leurs investissements et leurs recherches dans cet univers. Ceux qui y gravitaient historiquement ont largement renforcé leurs développements quand les autres ont tout fait pour s’y faire une place. C’est que l’industriel – qui englobe chez certains fabricants uniquement le poids lourd et chez d’autres également les engins de travaux publics ou agricoles – s’appuie sur une dynamique beaucoup moins instable que ne peut l’être celle du véhicule léger. Entre les deux, les différences sont notables. « C’est un marché qui est porteur, bien structuré, plutôt très sain car la notion de marque y reste importante, en pleine évolution technologique, et qui offre des perspectives très intéressantes pour l’avenir » résume Yacine Benaissa, responsable des ventes exports de Corteco. Analyse abondée par Valérie Batisse, responsable des ventes de Mahle pour le Maghreb ainsi que l’Afrique centrale et de l’ouest : « Pour un équipementier premium européen comme nous, le marché industriel est au Maghreb très porteur. La demande est croissante, et supérieure à ce qu’elle est en VL, alors qu’elle reste très qualitative et très européenne. »
Un marché en pleine évolution
S’il demeure difficile d’obtenir des chiffres consolidés selon les marchés du Maghreb, plusieurs indicateurs prouvent très clairement la bonne santé de l’univers industriel dans la région. Président de la fédération de l’automobile locale mais aussi du groupement du poids lourd et de la carrosserie, Adil Zaidi, par ailleurs à la tête de Bennes Marrel Maroc, offre un regard intéressant sur l’évolution du sujet dans son pays. « Si l’on se concentre sur les PL, le marché marocain a connu une forte croissance dans les années 2000. On est passé de 3 000 à 12 000 immatriculations annuelles entre 2002 et 2012. Cela s’expliquait par les grands travaux entrepris par l’Etat pour moderniser le pays. Dans la décennie suivante, à cause d’un sur-niveau d’équipement, les ventes se sont stabilisées aux alentours de 6 à 7 000 unités. On peut penser que c’est le niveau « normal » du marché et que c’est assez pour que celui-ci se porte bien. » Pour les équipementiers, cette tendance a permis de consolider les volumes sur la partie équipement d’origine avec une courbe d’évolution plus stable qu’en véhicules légers. D’autant que le nombre d’immatriculations enregistré à date dénote tout autant d’une stabilisation du marché que d’une évolution structurelle. « Le monde du poids lourd a progressivement migré du petit vers du gros tonnage. On vend donc forcément moins de véhicules entre 3,5 et 12 tonnes » précise encore Adil Zaidi. Un constat qui, dans une moindre mesure, prévaut aussi pour la Tunisie. Bien sûr, aujourd’hui, l’Algérie demeure un caillou dans la chaussure de secteur. Algex est passé par là, renforçant la prédominance des acteurs nationaux mais dérégulant profondément le pays avec des importations réduites à peau de chagrin. Toutefois, sur ce point encore, nos observateurs ne tombent pas dans la sinistrose. « Algex rend toute prévision impossible. La demande en Algérie est réelle mais la pénétration reste très difficile, admet Yacine Benaissa. Cependant, on reste chez Corteco très concerné par ce marché car si le volume de véhicules neufs n’augmente plus, celui du parc reste très conséquent et présente un potentiel indéniable en remplacement. » Si, là-aussi, la pénétration de l’aftermarket algérien s’avère compliquée, depuis plusieurs mois, de nombreux acteurs locaux et étrangers constateraient des importations « sous les radars » en provenance de pays voisins. De quoi rebooster les fabricants et alimenter un pays sous tension.
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