Automechanika Istanbul : un salon désormais indispensable !

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Dans un contexte géopolitique très troublé, la situation d’Istanbul aux confins de l’occident et de l’Orient joue un rôle majeur dans les relations internationales. Automechanika Istanbul, outre sa croissance naturelle, n’échappe pas à l’engouement des professionnels pour ce site exceptionnel. Les allées débordantes de visiteurs alors que les surfaces d’exposition augmentent ont témoigné de l’attrait de cette manifestation dédiée à l’après-vente.

En pénétrant sur Automechanika Istanbul, cette année, on se serait cru à l’ouverture d’une semaine de soldes tant les visiteurs se pressaient devant les portes afin d’être le plus vite possible auprès des stands. Une marée humaine décidée à obtenir tous les renseignements, les contrats de représentations, les commandes… et des exposants venus de 35 pays pour cette 17 e édition, 1 450 exposants pour être précis dont 752 étrangers. Tous recherchant les pièces détachées automobiles et autres lubrifiants, batteries, solutions de réparations etc. Si la position géographique ambivalente Asie-Occident révèle l’attractivité de la zone, la dualité fabrication / distribution se présente comme un atout majeur de cette manifestation. Dotée d’un marché domestique solide, la Turquie est devenue un poumon industriel pour la proche Europe et l’Afrique, puisque le secteur de l’industrie secondaire et des pièces représente plus de 14 milliards de dollars d’exportations (35 milliards d’euros pour l’industrie automobile au global). Mieux encore, l’industrie automobile (production d’automobiles, fabrication de pièces pour la première et la seconde monte) monte en puissance et en professionnalisation depuis des années sans arrêt notoire, si l’on excepte la période du Covid. Face aux ratés des approvisionnements de la Chine et des autres pays asiatiques, la Turquie a très vite été perçue comme une échappatoire de choix. En effet, l’industrie turque, sous-traitant de la plupart des constructeurs automobiles, a acquis ses lettres de noblesse et sa renommée porte ses fruits. La qualité est au rendez-vous et s’il faut toujours se méfier des mauvais faiseurs et des contrefacteurs, les acteurs les plus nombreux ont su adopter les normes internationales et travaillent depuis quelque temps déjà au nouveau volet exigé par les constructeurs internationaux, à savoir l’empreinte carbone.

Des industriels et une distribution de qualité

Les industriels ne manquent pas et couvrent tous les secteurs, tant ils ont été approchés par les grands équipementiers internationaux. Alternative de qualité, plus chère que la Chine mais plus sûre et logistiquement plus accessible, l’industrie turque se distingue également par une politique gouvernementale aidante. Ainsi, tous les exposants disposant de produits à vendre à l’export bénéficient d’aides pour exposer chez eux mais aussi sur les manifestations internationales. Ceci explique sans doute le dynamisme économique du pays, dont on voit le retour sur investissement qu’on aimerait toucher du doigt dans les pays d’Afrique du Nord. Si le gouvernement est aux petits soins de ces entreprises à l’export, il y va de sa balance commerciale et des devises que tout cela génère. Un constat simple mais qu’il faut mentionner quand on voit la pauvreté de certains pavillons étrangers ou la fréquentation minimaliste des exposants européens, si l’on excepte les allemands dont on sait la relation privilégiée avec la Turquie. On notera toutefois la présence de 12 pavillons nationaux étrangers, dont celui du Maroc conçu exceptionnellement, cette année, par l’AMICA (reportage dans notre prochain numéro de Rechange Maroc).

Par ailleurs, il faut se rendre à l’évidence, la distribution sur le marché national a depuis longtemps intégré les paramètres du succès, par le regroupement des talents au sein des grandes entreprises familiales – l’essentiel des groupes de distribution sont, en effet, pilotées par les familles qui les ont fondées -, par leur poids et leur taille, par l’adoption des schémas modernes de distribution et des process normalisés dont la digitalisation, partie prenante de la réussite au niveau national et même au niveau international, les grands distributeurs n’hésitant pas à faire de l’export également ! Il n’est pas vain de souligner aussi l’importance des associations de distributeurs comme OSS par exemple (autre article sur cette association) qui se détachent des ITG que l’on connaît bien par leur souci commun de participer à des projets, des développements, des actions communs sans pour cela avoir besoin de créer des centrales d’achat. C’est sans doute là leur force – leur indépendance et leur libre concurrence – qui leur assure l’écoute des élus du gouvernement et donc facilitent leurs conditions d’exploitation et d’exportation que leur envient leurs voisins.

D’ailleurs, les stands des grands distributeurs n’avaient rien à envier aux stands des plus grands fabricants, loin s’en faut, des distributeurs longtemps sous-estimés par les équipementiers et qui représentent des chiffres d’affaires importants. Il n’est pas anormal ainsi de voir que tous les groupements de distribution internationaux (les ITG) sont représentés dont Autodistribution ou Groupauto Turquie, par exemple qui affichait un pavillon en propre à l’entrée même du Palais des expositions, en partenariat avec Groupauto International et des équipementiers première monte partenaires. Un investissement qui montre à quel point les ITG sont conscientes du potentiel de la Turquie en marché intérieur et comme hub vers de multiples destinations.

Des opportunités de développement protéiformes

A la recherche de… A la recherche de partenaires capables de distribuer leurs produits en Russie et ailleurs, de nombreux acteurs de la production de pièces de rechange américains ou européens cherchaient le trait d’union pratique afin de contourner l’embargo issu de la guerre en Ukraine. La morale cédant le pas au business, les professionnels rappelaient que les Etats ne faisaient pas mieux en s’approvisionnant en gaz … par d’autres voies. Aucun jugement de valeur dans ces lignes, mais un constat : entre des distributeurs russes déboussolés, des équipementiers ne sachant quoi faire et des commandes émanant de Turquie ou d’ailleurs, supérieures à la demande, difficile de trouver la meilleure voie à suivre et de refuser des parts de marché que d’autres s’emploieront à conquérir. … Et nous ne parlerons pas de l’Iran – fortement représenté – de tous les pays finissant en stan- de l’Irak, et d’autres pays traits d’union pour les marchés du Moyen-Orient et israélien, parce que le commerce veut de plus en plus s’affranchir des contraintes politiques, parce qu’il ne saurait être question de baisser pavillon pour la défense d’intérêts diffus et confus.

Mais laissons-là les thèses et les antithèses pour rappeler que l’intérêt d’un salon repose aussi sur la mise en relations de professionnels, dont le rôle continue d’être la fourniture de pièces et d’équipements pour faire rouler leurs automobiles où qu’elles soient. Avec des niveaux de prix différents, des solutions logistiques les plus pertinentes et des innovations technologiques permettant l’intervention des réparateurs. Une raison d’être que formule, en ces termes, Ali Özçete, président du conseil d’administration de l’OSS : « Le salon est d’une grande importance pour notre secteur, car il constitue une plateforme importante qui nous permet de suivre de près les développements mondiaux. Nous sommes heureux de suivre de près les développements qui se produisent à l’échelle mondiale et de les adapter à notre pays. Les organisations de foires commerciales sont d’une grande importance pour élever nos exportations à des niveaux plus élevés et pour développer les relations bilatérales entre les parties prenantes de notre secteur. Notre association continuera à soutenir fermement cette organisation ».

L’organisateur attendait 50 000 visiteurs, gageons que les résultats seront plus flatteurs et terminons par ces propos du Président de la Figiefa, Fédération internationale des importateurs, exportateurs et grossistes de pièces détachées automobiles, une Fédération qui a accueilli parmi ses membres directeurs, Emirhan Silahtaroglu de l’OSS (Turquie), « Aujourd’hui, nous vivons des moments importants non seulement pour l’industrie automobile turque, mais aussi pour l’industrie automobile mondiale. Istanbul fait office de pont entre l’est et l’ouest de l’Europe, le Moyen-Orient et le Caucase. Le secteur automobile turc est une pierre angulaire de l’économie turque et de l’économie nationale. Au cours de la dernière décennie, la Turquie a consolidé sa position en tant qu’acteur mondial sur le marché des pièces détachées automobiles. La Turquie affiche une forte présence non seulement sur le marché du remplacement, mais aussi sur tous les principaux marchés automobiles en tant que fabricant de véhicules et de pièces détachées. La mission de la FIGIEFA est très claire : défendre la compétitivité et l’indépendance du secteur automobile. Istanbul n’est pas seulement une plateforme pour les affaires, mais aussi une plateforme pour les objectifs et les rêves des entreprises automobiles. »

Ne manquez pas nos articles sur Automechanika Istanbul dans votre prochain Rechange Maghreb, Le Mag’ à paraître au début de l’été.

Hervé Daigueperce
Hervé Daiguepercehttps://www.maghreb-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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