« La hausse des coûts logistiques liée à la situation dans le détroit d’Ormuz a été l’un des principaux sujets de discussion ».
À Istanbul, les allées étaient pleines. Les halls aussi. À certains endroits, il devenait même difficile de circuler tant les visiteurs se pressaient devant les stands. Pour Alex Georg Mungiuri, vice-président Moyen-Orient et Afrique de Schaeffler Vehicle Lifetime Solutions, cette forte affluence résume assez bien l’évolution d’Automechanika Istanbul. Au fil des années, le rendez-vous turc a cessé d’être un simple salon régional pour devenir un véritable point de rencontre entre l’Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique et, de plus en plus, l’Asie.
Le responsable de Schaeffler reconnaît que le calendrier n’était pas forcément idéal. L’événement s’est tenu à proximité d’un jour férié local et quelques jours avant l’Aïd, deux éléments qui pouvaient laisser craindre une fréquentation en retrait. Pourtant, le constat est sans appel : les visiteurs ont répondu présents. « Les halls étaient remplis et il n’y avait pratiquement plus d’espace libre », résume-t-il. Cette forte mobilisation confirme la place grandissante qu’occupe désormais le salon dans l’agenda des professionnels de l’après-vente.
Mais ce qui a surtout marqué Alex Georg Mungiuri, ce ne sont pas seulement les chiffres de fréquentation. Derrière les lancements de produits, les démonstrations techniques et les rendez-vous commerciaux, les discussions ont rapidement convergé vers des préoccupations beaucoup plus stratégiques. La situation géopolitique au Moyen-Orient a ainsi dominé une grande partie des échanges entre industriels, distributeurs et fournisseurs.
Les tensions qui affectent actuellement la région continuent de peser sur les chaînes d’approvisionnement internationales. Pour les acteurs de l’aftermarket, l’impact est devenu très concret. Selon le dirigeant de Schaeffler, la question du détroit d’Ormuz est revenue à de nombreuses reprises au cours du salon. Cette voie maritime demeure l’un des axes logistiques les plus sensibles au monde et toute perturbation se répercute rapidement sur le coût du transport et sur les délais de livraison.
« La hausse des coûts logistiques liée à la situation dans le détroit d’Ormuz a été un point particulièrement sensible », explique-t-il. Pour les professionnels présents à Istanbul, la préoccupation n’est plus uniquement de gérer ces surcoûts, mais également d’anticiper leur durée. Dans un secteur où la disponibilité des pièces reste un facteur déterminant, la visibilité demeure limitée.
À cette pression logistique s’ajoute une autre difficulté : l’inflation. Malgré un environnement plus stable que durant les années post-pandémie, de nombreux opérateurs continuent de faire face à une augmentation des coûts d’exploitation. Transport, énergie, financement ou encore matières premières : l’ensemble de la chaîne reste sous tension. Dans ce contexte, les perspectives demeurent prudentes.
« Mon impression générale est qu’aucune normalisation ne devrait intervenir avant la fin du dernier trimestre », estime Alex Georg Mungiuri. Un constat que partageaient visiblement de nombreux professionnels présents sur le salon. Les investissements se poursuivent, mais les entreprises restent attentives à l’évolution du contexte économique et géopolitique.
Dans ce paysage incertain, une autre transformation structurelle occupe désormais une place croissante dans les discussions : l’électrification du parc automobile. Pour Schaeffler, l’électrification n’est plus un sujet d’anticipation. Elle produit déjà ses premiers effets sur le marché de la réparation. Alors que de nombreux marchés du Moyen-Orient et d’Afrique demeurent encore dominés par les motorisations thermiques, les industriels préparent déjà la prochaine étape. L’enjeu ne consiste plus seulement à accompagner la vente de véhicules électriques, mais à construire tout l’écosystème de maintenance et de réparation qui les accompagnera durant leur cycle de vie.
Préparer l’après-vente de l’ère électrique
Chez Schaeffler, cette évolution du marché ne se limite pas à une simple tendance technologique. Elle influence déjà les choix de développement du groupe et la manière dont l’équipementier envisage l’avenir de l’après-vente. Pour Alex Georg Mungiuri, la question n’est plus de savoir si les véhicules électriques auront besoin de réparations, mais comment les ateliers pourront intervenir efficacement sur ces nouvelles architectures lorsqu’elles commenceront à vieillir.
« Schaeffler Vehicle Lifetime Solutions a reconnu très tôt le potentiel de l’e-mobilité et a intégré de manière cohérente les exigences du marché à son portefeuille », explique-t-il.
Cette anticipation s’appuie sur un avantage stratégique : la combinaison entre l’expérience acquise en première monte, les capacités de développement du groupe et la connaissance des besoins des réparateurs indépendants. Une approche qui a conduit Schaeffler à développer un portefeuille spécifique destiné à accompagner la maintenance des véhicules électriques tout au long de leur cycle de vie.
L’objectif est clair : permettre aux ateliers de réparer plutôt que de remplacer systématiquement des ensembles complets. Une logique qui répond à la fois aux attentes économiques des propriétaires de véhicules et aux enjeux de durabilité qui prennent une place croissante dans l’industrie automobile.
Les solutions développées par le groupe ciblent principalement la chaîne cinématique électrique, et plus particulièrement les composants soumis à l’usure. Roulements, joints d’étanchéité et éléments mécaniques intégrés aux groupes motopropulseurs font ainsi partie des familles de produits sur lesquelles Schaeffler concentre ses efforts.
Cette stratégie se concrétise notamment à travers les E-Axle RepSystems G et M ainsi que le Vitesco E-Axle PEU KIT. Ces solutions de réparation ont été développées pour des applications précises et visent à offrir une alternative aux remplacements complets souvent coûteux. Pour les réseaux de réparation, elles représentent également une opportunité de développer de nouvelles compétences sur des technologies qui prendront progressivement davantage de place dans les ateliers.
À travers cette démarche, Schaeffler cherche finalement à répondre à une question qui préoccupe de nombreux professionnels : comment construire un aftermarket rentable dans un monde où les motorisations évoluent rapidement ?
Retrouvez l’intégralité de ce reportage dans le Rechange Maghreb Numéro 7






