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Alexandre Allanic : « Le digital est un levier puissant, mais les fondamentaux du commerce, du management, et de la confiance restent essentiels »

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Alexandre Allanic, 34 ans, Chief Development Officer chez Auto24.africa mais également Consultant & Entrepreneur.

Présentez-nous votre entreprise en quelques mots ?

Actuellement, j’évolue en tant que Chief Development Officer pour Auto24.africa depuis Mars 2023. Auto24 est née d’une ambition forte : transformer le secteur du véhicule en Afrique. L’aventure a commencé avec la création de la maison mère, Emerging Classified Ventures (ECV), en 2016 par Axel Peyriere et Fredrik Orrenius. Très vite, le groupe a développé un réseau de marketplaces dans 37 pays africains. L’évolution majeure a eu lieu en 2022 avec l’entrée de Stellantis dans l’aventure en tant qu’actionnaire majoritaire, ce qui a permis la création de la marque Auto24.africa. Notre objectif était de passer du digital au physique pour offrir « le prix de l’occasion, les services du neuf », avec des showrooms physiques, des véhicules certifiés et garantis. Nous sommes actuellement dans 5 pays en Afrique : Cote d’ivoire, Maroc, Afrique du Sud, Sénégal et Rwanda. Auparavant, j’ai été Directeur Afrique pour le Groupe Argus de 2015 à 2020.

Quelles sont vont principales fonctions au sein de l’entreprise ?

En tant que CDO d’Auto24.africa, je participe au développement stratégique de nos activités sur le continent. Mon rôle englobe l’ouverture de nouveaux marchés mais aussi le lancement de nouvelles verticales. C’est ainsi que j’ai contribué au lancement de PARTS24.ma, notre projet de marketplace de pièces de réemploi, et d’EV24.africa, notre plateforme dédiée aux véhicules électriques pour l’Afrique, offrant une solution de mobilité durable à 360 degrés complète.

Pourriez-vous nous donner un rapide aperçu de votre parcours dans l’entreprise ? Depuis quand exercez-vous dans l’entreprise ?

J’ai rejoint l’aventure Auto24 en 2023 en tant que Chief Development Officer. J’ai également fait de l’entrepreneuriat et du consulting dans divers domaines de la pièce de rechange automobile au Maroc à l’optimisation financière/fiscale des hôpitaux en zone rurale en France.

Avant cela, j’ai passé cinq années (2015-2020) à développer la filiale Africaine du Groupe Argus en partant de zéro, pour atteindre une équipe de plus de 30 collaborateurs et développer la marque ainsi que ses solutions sur le continent auprès des professionnels de l’automobile, des douanes et des particuliers. Mon parcours a toujours été à la croisée du digital et de l’automobile, avec des expériences significatives chez VoitureAuMaroc.com mais également dans l’immobilier Digital au Maroc avec Mubawab.ma, Sarouty.ma et Immogeo.

Avez-vous été bercé dans l’entreprise, et avez-vous fait des « petits boulots » pendant les vacances ?

Bien que mon profil actuel soit très entrepreneurial et automobile, j’ai construit mon expérience pas à pas. Mon parcours a commencé dans le digital, la petite annonce et la communication, où j’ai gravi les échelons en gérant des projets web, des partenariats et des relations presses, mais également du commerce divers étant au lycée de Mdiq à Guelmime, ce qui a forgé mon approche terrain et ma capacité d’adaptation face aux défis concrets.

Avez-vous toujours été convaincu que votre place était là ?

Oui, j’ai toujours eu une forte appétence pour le digital, l’innovation et le secteur automobile. Mon parcours, qui allie ces domaines avec une dimension multiculturelle (français vivant au Maroc depuis 1999), m’a naturellement conduit vers des rôles de direction où je peux exprimer ma vision stratégique sur la base de mes connaissances de ce magnifique continent. L’aventure Auto24.africa, avec sa volonté de révolutionner le marché automobile et de la pièce de rechange en Afrique, correspond parfaitement à mes convictions et ma recherche de défis.

Et à titre personnel, je suis convaincu d’être à ma place en Afrique, le considérant comme mon continent et le Maroc comme mon pays, étant arabophone et darijophone 🙂

Avez-vous fait ce choix pour perpétuer la tradition familiale ou par envie ?

C’est un choix purement dicté par l’envie, la passion pour l’innovation, et la volonté de créer de la valeur sur le continent africain. Résoudre des problèmes concrets, comme sécuriser l’achat d’un véhicule pour un automobiliste africain ou proposer des solutions de mobilité électrique adaptées, est une motivation profonde. Mais l’automobile est un métier de famille du côté de ma mère, qui avait un diplôme en mécanique entre autres, et son père était un ancien ingénieur mécanique militaire reconverti en mécanicien Renault Berliet près de la Rochelle en France, du côté de mon père, ils ont préféré les bateaux de la marine nationale.

Quel type de formation, quelles études avez-vous accomplies et était-ce dans le but de rejoindre l’entreprise familiale ?

J’ai obtenu un diplôme de « Manager en Management et Activité Commerciale » à l’École Française des Affaires de Casablanca (classé 6ème sur 156).

J’ai également un Baccalauréat marocain en Mathématiques et Sciences dans le cursus scolaire marocain public ce qui m’a permis d’étudier que cela soit la philosophie ou les mathématiques en Arabe.

Quant aux études de commerce, elles ont été choisies pour m’armer des compétences nécessaires afin d’évoluer dans le monde des affaires, indépendamment d’une quelconque entreprise familiale, ayant déjà une base “digitale” très jeune via la création de sites internet dès l’âge de 14 ans.

Qu’est-ce que vous affectionnez le plus dans votre métier et est-ce cela qui vous a séduit ? Gestion, management, logistique, approvisionnement, relations humaines, organisation etc.

Ce que j’affectionne particulièrement, c’est l’innovation et le développement stratégique. J’aime identifier un besoin sur le marché et créer une solution de bout en bout. Par exemple, avec PARTS24.ma, nous avons vu l’opportunité de structurer le marché de la pièce de réemploi au Maroc en nous appuyant sur un hub de démontage structuré. De même, avec EV24.africa, nous ne vendons pas qu’un véhicule électrique, nous créons tout un écosystème (recharge, financement, maintenance). Cette vision globale, alliant stratégie, digital et impact réel sur le terrain, est ce qui me passionne.

Pensez-vous que les nouvelles technologies dont la digitalisation et les réseaux sociaux ont participé à donner plus d’importance aux jeunes ? Doivent-ils leur place au fait que les pères soient dépassés » par ces technos, eux qui n’ont pas vécu parmi les écrans ? Croyez-vous vos compétences remplacent celles d’hier ou les complètent et dans quel sens ?

Les nouvelles technologies et maintenant l’IA, ont indéniablement accéléré l’accès aux responsabilités pour les jeunes générations. Cependant, je ne pense pas qu’il s’agisse de remplacer les compétences d’hier, mais plutôt de les compléter. Le succès d’Auto24.africa en est la preuve : nous utilisons la digitalisation et nos marketplaces pour apporter de la transparence et structurer le marché, mais nous nous appuyons aussi sur l’expertise industrielle et l’expérience de Stellantis. Le digital est un levier puissant, mais les fondamentaux du commerce, du management et de la confiance restent essentiels.

Sans les nouvelles technologies seriez-vous à cette place ?

Probablement pas. Avec 14 ans d’expérience dans le digital et les annonces/marketplace, les nouvelles technologies ont été le fil conducteur de ma carrière. C’est précisément cette expertise digitale, couplée à une connaissance pointue du secteur automobile, qui me permet aujourd’hui de piloter le développement d’écosystèmes innovants comme Auto24, EV24 et PARTS24, mais revenir au 100 % papier je suis preneur de ce challenge !

Quels conseils reçus par vos aînés retenez-vous comme essentiels ?

L’importance de l’orientation résultat, de l’efficacité, de l’éthique et du courage managérial. Ces valeurs sont fondamentales, particulièrement en Afrique. L’éthique et la transparence que nous insufflons chez Auto24 sont la clé de la confiance de nos clients.

Quelle a été la décision la plus dure que vous ayez eu à prendre en tant que manager ?

Il n’y a aucune décision difficile à prendre, car on se doit de les prendre et ne jamais les regretter. La décision la plus difficile et qui l’est à chaque fois est de remercier un salarié car c’est pour le bien de l’entreprise…et qui sait pour son bien tout en prenant en compte ses obligations personnelles telles que famille, crédits etc… et surtout si c’est un ami. Il faut accepter ces décisions et toujours garder pour soi les raisons de cette décision si des personnes externes vous le demandent car qui sait, cette personne était incompatible avec votre entreprise ou vous, et il fera des étincelles dans sa prochaine aventure

Avez-vous essuyé quelques échecs et comment les avez-vous gérés ?

Apprendre de ces échecs, les accepter et ne pas recommencer le même scénario. Il n’y a que des victoires et apprentissages et il faut aller de l’avant comme la boite de vitesse d’une moto… ou d’une légenda car où la marche arrière n’existe pas !

Quelle est votre définition du manager d’aujourd’hui ? de ses fonctions, de ses responsabilités ? Et quelle différence par rapport avec celles qui vous ont précédé ?

Le manager d’aujourd’hui doit être un leader agile, capable d’accompagner le changement et de favoriser l’innovation, tout en gardant un fort ancrage local et identitaire. Chez Auto24.africa, par exemple, nous nous appuyons sur un management local dans chaque pays, que nous soutenons via nos outils digitaux et nos indicateurs de performance. Le manager moderne doit être un facilitateur, engagé dans la RSE (comme nous le faisons avec l’économie circulaire via PARTS24 et la mobilité durable via EV24), et capable de naviguer dans un environnement complexe et être visionnaire pour son pays.

Le fait que vous ayez effectué vos études à l’étranger a-t-il contribué à vous conforter dans votre position ?

Bien que je sois français, je vis au Maroc depuis 1999 et j’ai étudié dans le système scolaire marocain (en arabe pour mon Baccalauréat). Ce profil multiculturel a été un atout majeur. Il m’a permis de comprendre intimement les spécificités locales tout en apportant une perspective internationale, ce qui est crucial pour développer un projet panafricain, qui nécessite de s’adapter aux réalités de chaque marché tel un nomade qui change de terre.

Prendre des responsabilités jeunes a-t-il des répercussions au sein de l’entreprise, des clients, des fournisseurs ?

Oui, cela demande de prouver rapidement sa légitimité. L’orientation vers la satisfaction client et les résultats tangibles permettent d’asseoir cette crédibilité face aux partenaires et aux équipes, indépendamment de l’âge. Et il faut être soi-même et se laisser pousser la barbe ou la moustache comme disait feu mon père.

Quels conseils donneriez-vous aux plus jeunes que vous ?

Cultivez votre curiosité pour l’innovation, soyez orientés résultats, mais n’oubliez jamais l’importance de la proximité et de l’écoute du terrain. L’agilité, la capacité à s’adapter aux spécificités locales et la volonté d’apporter des solutions concrètes aux problèmes des utilisateurs seront vos meilleurs atouts.

Les fortes perturbations mondiales vous incitent-elles à aller plus loin dans les technologies comme l’Intelligence Artificielle, par exemple ?

Absolument. Face aux enjeux actuels, l’innovation technologique est la seule réponse viable. C’est pour cela que nous avons lancé EV24.africa, pour répondre aux enjeux d’indépendance énergétique et de développement durable en Afrique via la mobilité électrique. De même, la digitalisation de la supply chain et l’utilisation de la data sont au cœur de notre stratégie pour optimiser nos opérations et anticiper les besoins du marché. Nous utilisons aussi quotidiennement l’IA.

Et quelle vision avez-vous de l’avenir pour votre profession ?

L’avenir sera hybride et axé sur la durabilité. Dans notre secteur, cela signifie mêler une forte digitalisation à des infrastructures physiques de qualité, tout en intégrant pleinement l’économie circulaire et les nouvelles énergies. Les métiers du développement devront intégrer ces enjeux de mobilité durable et de RSE au cœur de leurs stratégies.

Quelles diversifications envisagez-vous déjà ?

Nous sommes en plein dedans avec Auto24 ! Après avoir structuré la vente de véhicules d’occasion certifiés, nous nous diversifions avec PARTS24 pour devenir la marketplace africaine de référence des pièces de réemploi. Nous avons également lancé MEKA24 pour l’entretien, et EV24.africa pour proposer un écosystème complet autour du véhicule électrique. Notre ambition est d’être un acteur global de la mobilité en Afrique.

Quels sont hobbies ?

Je suis joueur de rugby professionnel licencié au sein du COC Casablanca, ceinture noire 1er Dan et ex-coach de Taekwondo. Je fus également Vice-Président fondateur d’Interact Agadir Tawsna (Rotary Club) donc attaché au secteur associatif.

Voiture préférée ?

Renault 4L JP4

Rédaction
Rédactionhttps://www.maghreb-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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