AccueilActualitésAlex Mungiuri : Automechanika Istanbul, géopolitique, et présence chinoise...

Alex Mungiuri : Automechanika Istanbul, géopolitique, et présence chinoise…

Date:

Comme chaque année, à l’occasion d’Automechanika Istanbul, nous demandons à Alex Mungiuri, Vice-Président Afrique et Moyen-Orient de Schaeffler Automotive Aftermarket et natif du pays, de nous commenter l’actualité de la rechange. Un regard éclairé par celui qui gère ces deux grandes régions, tout en gardant un pied en Europe.

Notre première question s’est voulue basique : « Comment voyez-vous Automechanika Istanbul 2024 », et voici ce qu’il nous répond : « Je n’étais pas venu l’an dernier à Automechanika Istanbul – Il donnait un coup de mains à l’équipe France, ndlr – et en deux ans, le salon a encore pris de l’ampleur. On assiste à un grand développement de cette manifestation qui est devenue un spot important pour la région. Nous voyons ainsi beaucoup de monde de la région MENA, de l’Europe de l’Est et l’on peut remarquer dans les allées et sur les stands, nombre de grands acheteurs des ITG (International Trading Groups, ndlr), ce qui suffit à démontrer l’intérêt de la profession pour ce salon. J’en profite d’ailleurs pour évoquer le travail remarquable que mène l’association OSS, une association turque des distributeurs de pièces, dont pourraient s’inspirer les professionnels en Afrique du nord par exemple. Créée en 1995, OSS ou Turkish Automotive Aftermarket Association, accueille les plus grands distributeurs de Turquie, ceux qui animent le marché de la rechange avec, pour objectif principal, de traiter les sujets importants pour la filière sans être un groupement d’achats. Par ce qu’ils représentent sur le plan économique et parce qu’ils ne sont pas rassemblés dans le cadre d’opérations financières, ils ont obtenu un accès privilégié auprès des ministères et participent à la conception et à l’élaboration des lois en tant que conseillers. Les différents ministères concernés par l’activité de la pièce de rechange n’hésitent pas à consulter l’association avant de prendre des décisions. C’est pourquoi, il me semble intéressant de dupliquer ce domaine dans les pays du Maghreb, en s’exonérant du problème de la concurrence entre les distributeurs, pour ne se consacrer qu’aux sujets communs qui intéressent la filière et qui méritent d’être appréhendés par un groupe de décideurs. On pourrait parler de la décarbonation par exemple, une problématique qui intéresse tous les acteurs et les institutionnels en charge des nouvelles lois devant régir cette question. » Ajoutons que OSS est membre de la Figiefa et que la fédération internationale vient d’accueillir parmi ses membres Emirhan Silahtaroglu, de l’association OSS. » (voir encadré)

Aider les distributeurs

Revenant sur la question de la décarbonation, Alex Mungiuri a pointé la nécessité de l’ensemble de la filière de contribuer aux efforts de la distribution en ce domaine : « Il faut aider les professionnels du Maghreb pour ce sujet très important du bilan carbone. Et il ne faut pas hésiter à les consulter car nombre d’entreprises, d’associations se sont déjà engagés sur cette voie de manière très professionnelle et il serait dommage de ne pas profiter de leurs expériences. Il ne faut pas toujours vouloir réinventer la roue… Ainsi, faut-il comprendre, d’une part et construire, d’autre part, le développement. Certes, les législateurs établissent règles et normes, mais j’ai l’impression que la majorité des grands fournisseurs le font déjà, ne serait-ce que par leurs responsabilités sociales et non parce qu’ils y sont obligés ».

La géopolitique toujours plus au centre des préoccupations

Le monde ne va pas bien, inutile de le préciser mais quelles conséquences peut-on voir sur l’Aftermarket, sur les ventes, et plus généralement sur l’activité des Groupes. Alex Mungiuri nous donne quelques exemples de ce que vit le Groupe Schaeffler à l’instar de nombre de ses confrères. « Nous ne livrons plus en Russie et nous avons même fermé notre bureau dans ce pays. Parallèlement, nous nous sommes séparés de notre usine en Russie. Du côté du Moyen-Orient, compte tenu du conflit entre la Palestine et Israël, notre activité est très perturbée. Il est difficile de poursuivre une activité normale quand une région du monde est marquée par une instabilité de cette ampleur et par l’insécurité qui règne là-bas. Nous continuons de travailler, bien évidemment, mais cela est plus dur et exige toujours plus de souplesse. Quant à l’Algérie, les mesures administratives restreignant l’approvisionnement des pièces, ont un effet ricochet sur le prix des pièces qui, plus rares, sont vendues plus chères. «

La percée des véhicules chinois, atout ou danger ?

L’un des grands sujets qui émaillaient le salon d’Istanbul portait sur la présence galopante des opérateurs chinois, toutes catégories confondues. Pour Alex Mungiuri, il apparaît essentiel de garder la raison et de voir quelles sont les opportunités qui s’offrent à la distribution : « Pour l’Aftermarket, le développement des véhicules chinois dans la région du Maghreb est une chance, de même que pour certains concessionnaires et pour les groupements. Les constructeurs chinois, en effet, qui veulent vendre des véhicules n’ont pas forcément de service après-vente, ou ne disposent que de services insuffisants. Il apparaît évident qu’ils vont devoir s’appuyer sur des réseaux de services existants qui vont ajouter cette activité à leurs propos offres. Par ailleurs, il faut rappeler que les équipementiers fournisseurs de ces véhicules sont des équipementiers de première monte et l’on voit déjà, en France, en Pologne et dans d’autres pays, les distributeurs assurer le service après-vente des constructeurs chinois. Cela ne se veut donc pas une concurrence déloyale ou un problème mais bien des opportunités de développements. Pour l’Afrique du nord, ce doit être perçu comme tel. » Et quand on lui demande ce qu’il en est des équipementiers internationaux que l’on connaît bien, il réplique : « Dans le Groupe Schaeffer, pour de nombreuses marques asiatiques, nous disposons déjà des pièces et nous en commercialisons. Des pièces que nous fabriquons dans nos usines. N’oublions pas que Schaeffler produit des pièces en Chine en première monte pour les véhicules chinois. Lorsque nous avons décidé d’implanter ces usines première monte, il ne s’agissait pas de fabriquer à moindre coût pour proposer des pièces moins chères mais bien de produire pour la première monte chinoise. Nous disposons donc de solutions efficaces et opérationnelles pour la distribution » Une mise au point qui s’imposait !

Hervé Daigueperce

Rédaction
Rédactionhttps://www.maghreb-rechange.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

spot_img

Articles similaires
Related

Automechanika 2026 : HELLA et Hella Gutmann présentent leurs nouveautés pour la rechange indépendante

Face à la complexité croissante des technologies automobiles, les...

AISIN à Automechanika Frankfurt 2026

AISIN renforce sa couverture du parc européen, et dévoile...

TEXA France donne rendez-vous aux professionnels à Automechanika Francfort autour des innovations du Groupe

À l’occasion du salon Automechanika Francfort, qui se tiendra...