Avec sa double casquette de directeur des finances et de l’innovation de NEXUS Automotive International, Thierry Mugnier est un observateur avisé de la montée en puissance de l’intelligence artificielle dans l’après-vente automobile. Pour cet univers comme pour son organisation, le responsable fait le point sur le développement de ce sujet et ses perspectives pour l’avenir.
En préambule, qu’évoque pour vous l’intelligence artificielle ?
L’IA est un outil avant tout au service d’une stratégie d’optimisation d’un business model ou d’un business tout simplement. Nous avons tendance à parler de « GenAI », parce que c’est un sujet de mode en effet. Mais cela ne représente qu’une partie du paysage de l’utilisation de la data et du besoin de son exploitation pour permettre plus de rationalisation, d’optimisation et d’amélioration de nos business model.
Omniprésente dans les débats publics, la question de l’IA l’est-elle autant dans l’univers de l’après-vente automobile ?
Oui, en effet, ce sujet capte une attention forte et reste au cœur de nombreuses stratégies permettant à court ou à moyen terme d’envisager un certain nombre de nouveaux services dans notre industrie (maintenance prédictive) mais aussi de nombreuses simplification, optimisation et mutualisation de services existants. Notre industrie considère l’intelligence artificielle, la data et l’analytique comme une priorité et concentre de nombreux investissements dans divers « use cases » de notre chaîne de valeur. Il est important de se rappeler que l’exploitation de l’IA et de la data vont contribuer à la révolution en cours de notre industrie.
Parce que celle-ci fait face à des défis complexes : une base de 8 millions de références de pièces pour une combinaison de 60 000 véhicules ; l’impératif de livrer les pièces en 30 minutes avec des besoins de stocks pouvant aller jusqu’à 250 jours ; une fragmentation extrême de la chaîne de distribution ; des variations de prix d’une densité extrême… Et derrière tous ces enjeux une question majeure : quel est le niveau de maturité du secteur vis-à-vis de cela ?
Notre industrie se dénote par une grande flexibilité et un esprit d’entreprendre fort. C’est l’essence même des « family business »et l’essence de notre industrie ! Tous les acteurs sont sensibilisés à cette problématique et intègrent la data au cœur de leur stratégie. De nombreux développements sont en cours et attendus dans ce cadre dans les mois et années à venir autour de différents partenariats avec des manufacturiers, des distributeurs, des data providers (catalogue, solution de garages…) mais aussi, et c’est essentiel de le souligner, des start-ups. Celles-ci développent des modèles innovants et inspirants autour de nouveaux services. Marketparts peut être donné en exemple sur ce sujet, ou comment l’utilisation de la data permet d’améliorer le taux de service de notre industrie dans un écosystème responsable.
Quelle est la position de votre groupe ? Et sa stratégie ?
NEXUS travaille déjà sur l’agrégation et la collecte de data à la fois dans notre industrie et dans sa communauté depuis son démarrage. Cette volonté s’est amplifiée depuis 18 mois avec la mise en place d’un « data knowledge center » dont la vocation est de travailler sur l’utilisation de la data pour mieux prévoir les ventes, la gestion des stocks mais aussi avoir une gestion plus proactive et plus qualitative de nos clients (distributeurs ou équipementiers). Nous avons annoncé lors de notre dernier Business Forum (voir encadré), organisé du 8 au 10 avril 2025 à Abu Dhabi (Émirats Arabes Unis), notre volonté d’accélérer et de mutualiser une ou plusieurs initiatives communes permettant de mettre en place, dans notre écosystème, une vraie expertise collaborative autour de l’exploitation de ces datas. C’est clairement l’une des principales priorités de la stratégie de NEXUS, en nous appuyant évidemment sur l’expertise des structures telles que Marketparts= et Mobilion (fonds d’investissement dédié à la mobilité) pour nous aider et accélérer.
Quelles sont les pistes les plus probantes pour que l’IA serve les intérêts de la profession ?
Plusieurs exemples peuvent être avancés tels que l’optimisation de la supply chain, la personnalisation et l’amélioration de l’expérience client ainsi que du management client, la maintenance prédictive, l’optimisation des forecast et, de ce fait, la gestion des stocks, ou encore l’optimisation de la gestion des prix.
Dans les ateliers, les outils de diagnostic utilisent énormément l’IA pour aider le réparateur. Est-ce le biais le plus naturel ou n’est-on actuellement qu’aux prémices des possibilités ?
C’est une des pistes en effet et cela montre le rôle significatif que l’IA peut avoir dans notre écosystème. Mais bien d’autres utilisations doivent être considérées dont la maintenance prédictive (qui intervient de façon prioritaire, ndlr), la gestion proactive d’une supply chain globalisée, l’optimisation et l’automatisation du pricing… Nous sommes dans un écosystème qui évolue rapidement et, dès lors, il est en effet très probable que nous ne soyons actuellement qu’à une phase préliminaire. Les évolutions dans ce domaine vont vite, très vite, d’autant que les attentes sont fortes.
Les réparateurs mettent parfois du temps à bien accepter les grandes évolutions du secteur. De fait, sont-ils prêts pour l’IA ?
L’IA n’est qu’un outil au service du développement de services nouveaux aidant la chaîne de décision à tous les niveaux – du manufacturier au réparateur. Elle permettra d’optimiser le travail du réparateur qui en bénéficiera parfois directement pour lui permettre de mieux préparer sa maintenance/réparation, mieux préparer de ce fait, les livraisons de pièces, mieux gérer ses prises de rendez-vous ou automatiser un certain nombre de fonctions ou de tâches. L’intelligence artificielle n’est pas une solution mais uniquement un outil au service de notre industrie.
Le garage de demain va-t-il nécessairement se transformer ?
C’est une évidence mais l’IA n’est pas ce qui justifie ce besoin en transformation. Cette transformation du garage est simplement le résultat d’un écosystème en mouvement, d’une dynamique de changement d’utilisation du véhicule et de densification ou complexification du parc roulant en circulation. C’est bien cette complexité et ce besoin de services simplifiés, optimisés, qui font que l’IA va permettre de telles améliorations ou en tout cas les accélérer.
Vous voyez donc l’IA comme une réelle opportunité de développement pour le secteur ?
Avec un grand OUI ! L’IA est cet outil essentiel au service de notre industrie dont l’objectif est de maintenir un haut niveau de performance et de service pour nos clients, à travers une optimisation de notre chaîne de distribution mais aussi une simplification, intégrant de ce fait les nouveaux acteurs tels que les assurances, les gestionnaires de flottes mais aussi les constructeurs dans cet écosystème.







