A l’occasion du 20 anniversaire de la filiale Moyen-Orient Afrique de KYB à Dubaï, nous avons eu – enfin, depuis le temps qu’on l’espérait – l’opportunité de passer quelques heures en compagnie d’Ali Alloui le fondateur de PAM France et de son fils Ramzi Alloui qui poursuit l’aventure avec autant de passion et d’ingéniosité. PAM France a créé l’export de la pièce de rechange au départ de Marseille, Ali se souvient pour vous de ses débuts. Histoire de qualité d’origine !
Rencontrer Ali Alloui s’apparente à une immersion dans l’histoire de la pièce de rechange, portée par la fougue d’un homme toujours jeune et féru d’anecdotes qui ont marqué l’époque. Ali Alloui n’est pas un grand homme d’affaires, formaté par polytechnique ou une grande école d’ingénieurs pour fils de famille aisés (sans doute tout aussi remarquables, devons-nous préciser), c’est une pointure dans son métier qui a su déceler les besoins d’une profession avant que celle-ci ne se définisse elle-même. En 1986, Ali Alloui commence l’export et, ce faisant, fonde une activité qui n’existait pas vraiment en France comme il nous le rappelle : « Lorsque j’ai commencé l’export, les services export comme on les connaît aujourd’hui n’existaient pas, à telle enseigne que lorsque j’ai demandé à certains équipementiers (comme Gates) quelles étaient les grilles de tarifs pour l’export, ils n’ont pas su me répondre à l’époque ! Le métier d’exportateur restait à créer même s’il existait quelques acteurs comme la Sasic qui avaient déjà quelques clients en export. » Et Ali Alloui de saisir au vol la balle lancée par le Président algérien Chadli Bendjedid : « En 1986, le Président Chadli a autorisé les citoyens algériens à importer d’Europe des pièces de rechange pour leur automobile à hauteur de 150 $ maxi le colis. En effet, les entreprises d’Etat (Sonacom, DVP…) n’arrivaient pas à accompagner la croissance des véhicules en Algérie en termes de pièces et il fallait que les voitures puissent rouler. Les algériens détenteurs d’une carte grise en bonne et due forme pouvaient faire venir ou aller chercher pour 150 $ de pièces. Bien évidemment, cette bonne idée a été dévoyée… »
« Si tu ne viens pas à Lagardère … »
« Chez PAM France, on s’est donc mis à confectionner des colis de pièces détachées qu’on envoyait en Algérie depuis Marseille par la poste contre remboursement. C’est comme cela que tout a commencé. Cependant très vite, des gens ont cru bon de profiter de cette aubaine pour envoyer des colis chargés de n’importe quoi pour récupérer de l’argent. Evidemment, le trafic a été découvert et les autorités algériennes ont mis fin à cette ouverture du « marché » et interdit les colis. C’est alors que fidèle au célèbre adage « Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi » nous avons développé le showroom à Marseille pour y accueillir les algériens qui venaient acheter des pièces car ils en avaient cruellement besoin. Pour pouvoir servir la demande, j’ai repris un local qui vendait des voitures afin d’installer un espace d’accueil pour les algériens dont les commandes étaient telles que je faisais charger quatre containers de pièces par jour ! »
Du coup, nous nous sommes demandé par quel hasard les algériens venaient chez PAM France aussi nombreux ? Et ce n’était pas parce que, d’origine, Ali Alloui était algérien. En effet, celui-ci ne parlait pas arabe et avait quitté son pays à 13 ans. Aussi, même si l’attachement au pays reste, cela ne fait pas venir des clients ! Pour Ali Alloui, cela s’est construit naturellement comme il nous le raconte : « Comme je l’évoquais précédemment, tout a commencé par l’envoi des colis. Les algériens savaient d’où cela provenait et comme Marseille était leur port privilégié quand ils arrivaient en France, il était naturel pour eux de venir chez nous. En outre, le bouche-à-oreille a très bien fonctionné et chacun savait qu’il n’aurait pas de soucis pour obtenir des pièces de rechange de qualité. J’en arrivais presque à penser qu’ils connaissaient plus Bob – le nom de scène d’Ali ! ndlr – que Bouteflika ! Ils venaient chez moi, passaient leurs commandes qu’on leur préparait, puis on les emmenait au restaurant et on échangeait beaucoup entre nous. On s’occupait bien d’eux à tel point qu’avec beaucoup de ces clients, nous sommes restés amis depuis 50 ans jusqu’à maintenant ! Un autre point qu’ils appréciaient chez PAM France, c’est l’aide qu’on leur apportait au niveau des douanes. A l’époque, en effet, les douanes n’avaient pas de consignes aussi précises qu’aujourd’hui et les douaniers bloquaient certains colis pour différentes raisons parfois obscures. Petit à petit, je me suis fait connaître par les douaniers qui me faisaient confiance et cela facilitait le transit des pièces. Et pour clore le tout, je m’étais fait des amis avec les fournisseurs qui m’assuraient la disponibilité des produits. En un an, j’ai réussi à atteindre les 10 millions d’euros de chiffre d’affaires. Le business était facile à l’époque même si on ne s’en rendait pas forcément compte ! »
Retrouvez la suite de ce reportage exclusif dans le prochain numéro de Rechange Maghreb à paraître au début de l’été









