Le Forum Investment Tunisia mobilise Public et Privé

Le Forum Investment Tunisia mobilise Public et Privé

A l’occasion du Forum Investment Tunisia, organisé par la FIPA, professionnels de tous les secteurs d’activité, institutionnels, Ministres, hauts responsables de l’Etat, P-dg des grosses entreprises se sont mobilisés pour promouvoir la Tunisie auprès des investisseurs nationaux et internationaux. Monsieur Abdelbasset Ghanmi, le directeur général de la FIPA a répondu aux questions de Rechange Maghreb. Nous le remercions vivement pour le temps qu’il nous a accordé ainsi que son équipe.

Avez-vous ressenti une grande différence entre la précédente édition et celle-ci ? Entre les deux la pandémie est arrivée, et le monde a changé, comment a changé le vôtre ?

Nous avons annoncé que c’était une édition exceptionnelle pour de multiples raisons. Bien sûr la première raison se définit par le retour du Forum après le COVID et le report de l’édition de 2001 par mesure de sécurité et également à cause des conditions de transport, de précautions sanitaires qui empêchaient beaucoup de professionnels de venir. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à deux crises majeures, la crise du Covid et la guerre en Ukraine qui nous ont impactés fortement, ne serait-ce que par la difficulté d’approvisionnement en matières premières des entreprises, pour ne citer que cet exemple. La guerre en Ukraine nous concerne à deux niveaux, au niveau de l’importation de blé qui provient principalement de ce pays et au niveau de l’augmentation substantielle des coûts de l’énergie. Il faut rappeler que nous importons 50 % de nos besoins de l’étranger et que presque tous les produits accusent de sévères augmentations des tarifs. C’est un réel défi auquel notre gouvernement est confronté, notamment sur les finances publiques.

L’Etat est principalement impacté par les crises que nous vivons mais les entreprises également comme vous le souligniez ?

Nous avons dû intervenir pour aider les entreprises tunisiennes et également les entreprises internationales implantées en Tunisie pour tout ce qui concerne les approvisionnements en composants électroniques, en matières premières, etc. Les entreprises ont eu à subir un défi majeur et si l’on évoque l’automobile, il est particulièrement difficile pour elles de remplir leur rôle dans ces conditions, alors que l’automobile fonctionne principalement en flux tendu. Elles ne peuvent pas se permettre des perturbations et surtout des arrêts comme on l’a vu avec Volkswagen qui a dû fermer pendant quelques semaines. 

Notre réaction a été immédiate, à savoir accompagner les entreprises, leur trouver des solutions de back up. C’est pourquoi, nous avons mis en place une task force public- privé afin de travailler avec tous nos partenaires de l’écosystème de l’automobile, et notamment l’association tunisienne de l’automobile, la TAA. L’objectif étant de les aider à trouver des solutions immédiates pour éviter des perturbations majeures dans leurs activités. Cela a consisté, par exemple, à transférer des activités en Tunisie, dans des entreprises existantes ou à instaurer des diversifications au sein d’autres sociétés.

Peut-on dire que les problèmes d’approvisionnement que les crises ont créés participent à la création d’opportunités pour la Tunisie, alternative potentielle à l’Asie qui se révèle trop loin et bientôt moins attractive ? 

Nous avons toujours présenté la Tunisie comme un site de proximité. Avant la pandémie et la guerre, cela paraissait moins évident, puisque tout le monde cherchait des pays à bas coûts et l’Asie se présentait comme la solution à toutes les demandes. Or, la Tunisie a cet avantage d’être à la fois un site de proximité, et un pays qui permet aux entreprises d’être compétitives. Nous sommes ainsi capables de proposer aux entreprises étrangères les avantages comparatifs de la Tunisie, la disponibilité des ressources humaines, hautement qualifiées et à des coûts compétitifs et la proximité des principaux marchés européens. Nous pensons que la Tunisie est la bonne solution pour les entreprises européennes qui souhaitent relocaliser ou dispatcher leur activité pour être proche du marché de la grande région Europe Afrique. Le Covid a impacté la compétitivité de toutes entreprises frappées par l’augmentation des coûts logistiques, de matières premières, d’énergie etc. L’Asie se révèle beaucoup moins intéressante aujourd’hui au niveau prix, et risquée au niveau des approvisionnements à cause de son positionnement géographique par rapport à l’Europe. 

Malgré l’attractivité de la Tunisie, ne ressent-on pas une certaine réticence des investisseurs face à un pays qui s’avère fragile économiquement et financièrement ?

Nous n’avons jamais nié que nous avons des problèmes économiques, et des soucis au niveau du climat des affaires, par ailleurs. Mais cela ne doit pas être un frein comme nous n’hésitons pas à le dire aux différents pays qui sont intéressés. Nous ne cachons rien, travaillons étroitement avec les entreprises tunisiennes et partenaires, n’hésitons pas à rendre visite aux pays voisins et à rencontrer des centaines d’entreprises internationales pour leur présenter la situation du pays et les avantages qu’ils auraient à s’y installer. Nous discutons sur le programme de développement en Tunisie et nos interlocuteurs se rendent compte que sommes un pays attractif à bien des égards. Nous travaillons beaucoup à améliorer la qualité de nos services, la performance de nos entreprises (en débloquant les difficultés qu’elles rencontrent au niveau administratif, par exemple) et celles de nos ressources humaines. La Tunisie est capable d’améliorer son attractivité et elle le fait avec ses 3 500 entreprises, son historique, et le succès de ses entreprises internationales. Celles-ci n’hésitent pas à y installer leurs centres de recherche et de développement en plus de leurs sites de production qui sont aussi montées en gamme. C’est un signe de la confiance qu’ils portent à notre pays. 

Est-ce que cela passe par une forme de protectionnisme même si le mot est fort, pour protéger vos productions nationales face aux asiatiques ? Ou au contraire, les chinois peuvent-ils être des investisseurs moins frileux que les européens, et très en pointe sur les marchés du véhicule électrique par exemple ?

On ne peut pas parler de protectionnisme, tout d’abord parce que dans la loi sur l’investissement existe une disposition qui permet aux entreprises d’investir librement. En contrepartie, malheureusement, il reste des lois sectorielles un peu contraignantes qui n’ont pas encore été levées, cela fait partie du paradoxe de la Tunisie. Mais le gouvernement est en train de travailler sur ces questions avec énergie. Rappelons qu’en Tunisie – et ce n’est pas vrai dans de nombreux pays -, les entreprises étrangères peuvent détenir des entreprises à 100 % dans la plupart des secteurs industriels et peuvent exporter.  D’ailleurs, la plupart des 3 500 entreprises sont détenues par des étrangers et il n’y aucun souci en matière de détention du capital et du transfert des capitaux et des bénéfices. Il est important de le souligner. Nous sommes en train d’ouvrir l’entrepreneuriat aussi bien pour les tunisiens qu’aux internationaux en tendant vers une simplification des process et une autorisation totale pour les investisseurs étrangers. 

Est-ce que la réputation de qualité des ressources humaines de la Tunisie est toujours vraie, et est-ce que l’Etat met des moyens pour maintenir cet avantage en travaillant encore plus sur la formation initiale et en investissant dans les écoles d’ingénieurs ? Et comment faire pour les garder ?

C’est un vrai défi, effectivement auquel sont confrontées les autorités, car il y a une forte demande à l’international. La chasse aux compétences est lancée, surtout en Europe et les talents, les ressources humaines tunisiens sont demandés de partout, en France, en Allemagne au Canada, etc. Ce qui nous différencie par rapport à nos concurrents, et qu’il faut mentionner c’est que la plupart des entreprises internationales étrangères en Tunisie sont gérées par des tunisiens. Ce n’est pas qu’il y a une obligation légale, mais parce que les entreprises internationales ont préféré choisir un manager tunisien pour ses capacités à gérer. Il est très important de préciser que les tunisiens sont capables de manager de grandes entreprises internationales en Tunisie comme ailleurs dans monde. On a assisté depuis des années à l’émergence de champions tunisiens, de grandes entreprises 100 % tunisiennes notamment dans les composants automobiles qui sont devenues internationales et globales, parce que le savoir-faire est bien présent dans notre pays.

Bien sûr, l’Etat doit investir davantage dans la formation pour alimenter le marché du travail en emplois de haute compétence et surtout l’adapter aux besoins des entreprises. Et bien sûr, on doit préserver nos ressources, nos compétences. Comment les retenir n’est pas une question facile ! Tout dépend du contexte. Nous sommes conscients que nous avons encore des efforts à faire pour assurer aux jeunes des perspectives d’avenir, un environnement favorable pour y faire carrière, parce qu’il faut mentionner que les jeunes diplômés qui quittent la Tunisie ne le font pas forcément pour obtenir un meilleur salaire. Ils recherchent une stabilité que nous sommes en train de construire. Le phénomène n’est d’ailleurs pas exclusif à la Tunisie, on voit bien que la France, par exemple, voit ses talents rechercher d’autres pays, d’autres marchés pour de multiples raisons qui ne sont pas motivés uniquement par l’argent.

Quels sont les secteurs sur lesquels vous voudriez qu’on investisse en Tunisie ? 

Nous avons identifié les secteurs dans lesquels la Tunisie dispose d’avantages comparatifs, ce sont des activités à forte valeur ajoutée, comme les composants automobiles et tout ce qui a trait aux nouvelles tendances pour lesquelles nous mettons en place tous les outils nécessaires afin de participer à leur essor, ici, en Tunisie et au service du marché national comme du marché européen et africain. On parle de la voiture connectée, des systèmes embarqués, du véhicule électrique…. Les entreprises tunisiennes et étrangères travaillent déjà sur ce secteur en ligne avec ce qui se passe en Europe. Autre secteur à mettre en avant, celui de l’aéronautique, puisque la Tunisie a réussi à attirer plus de vingt entreprises étrangères dans ce domaine, un secteur qui se développe fortement. Le secteur digital, stratégique pour nous, permet aussi aux entreprises internationales de bénéficier de la compétitivité du site Tunisie, de la disponibilité des ressources humaines, d’une infrastructure adéquate et aussi d’un cadre agréable. On peut également citer les entreprises agro-alimentaires – un secteur devenu stratégique même en Europe – le secteur des entreprises pharmaceutiques, celui des énergies renouvelables pour lequel nous avons l’intention de développer de grands projets afin de répondre aux besoins énergétiques. J’ajouterais le PPP, le partenariat public privé qui est d’actualité, puisque nous présentons un nouvel outil dans ce forum, un outil visant à booster le partenariat public privé sur lequel nous comptons pour développer notre infrastructure notamment. La Tunisie est en plein développement et cela ne peut que profiter aux investisseurs.

Propos recueillis par Hervé Daigueperce

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